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CriminalitéLa CRS 8 en renfort pour « porter des coups majeurs » au trafic de drogue

Marseille : La CRS 8 en renfort pour « porter des coups majeurs » au trafic de drogue

CriminalitéSpécialisée dans les violences urbaines, la CRS 8 a été déployée ce samedi sur ordre de Gérald Darmanin
Des membres de la CRS 8, ici à Nîmes en juin 2023.
Des membres de la CRS 8, ici à Nîmes en juin 2023. - Alain ROBERT/SIPA / SIPA
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

Au pied de l’interminable barre des Oliviers A, les policiers de la CRS 8 sont impassibles malgré la chaleur, autant que les habitants, rodés à ces opérations « coup de poing » contre les trafics de stupéfiants qui minent Marseille. Huit personnes ont été tuées par balles dans la deuxième ville de France en août, portant à 37, selon le dernier décompte de l’AFP, le nombre de morts sur fond de trafic de stupéfiants à Marseille depuis le début de l’année.

Cette « vague de violence que connaît la cité phocéenne depuis maintenant plusieurs jours », selon le sous-préfet de police des Bouches-du-Rhône, Yannis Bouzar, a conduit le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin à solliciter le renfort dès ce samedi à Marseille de la CRS 8, unité spécialisée dans les violences urbaines. En quelques minutes seulement, samedi, une centaine d’hommes de la compagnie, rendus méconnaissables par leur équipement de pied en cap, se déploie dans la cité des « Oliviers A », connue comme l’un des principaux points de vente de stupéfiants dans les quartiers populaires du nord de la ville.

« On n’épargne aucune cité »

« Partout dans la ville nous serons présents, à la fois dans le Nord mais également dans le Sud et dans les quartiers centre », assure le sous-préfet, rappelant que trois compagnies de CRS sont déjà présentes à demeure dans la deuxième ville de France. « On n’épargne aucune cité », renchérit Sébastien Lautard, directeur départemental adjoint de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône.

Aux balcons et fenêtres du bâtiment de 11 étages de la cité, qui n’a d’arbres que le nom, les habitants contemplent la scène, quelque peu désabusés. Cinquante opérations policières ont été menées dans le quartier depuis le début de l’année. « Je suis habituée, il n’y a rien qui me choque », commente une jeune femme, née dans la cité, préférant taire son nom. Même discours chez une autre habitante de 23 ans, qui souhaite également rester anonyme : « Tous les jours, ils viennent. On a toujours grandi comme ça, c’est Marseille, ça ne changera jamais. Mais pour l’instant, ça ne tire pas. »

Cette cité « a fait beaucoup parler d’elle l’année dernière en matière de règlements de comptes », explique encore Sébastien Lautard. Mais « je pense que le travail acharné qu’on y a fait dans la longueur a un peu calmé les choses ici. Malheureusement, on a d’autres cités qui se réveillent » avec « des guerres intestines », ajoute-t-il. En cause dans l’explosion des homicides ayant ensanglanté Marseille ces derniers jours : le conflit entre « Yoda » et « DZ Mafia », deux gangs rivaux de la Paternelle, une autre cité du nord de la ville se disputant le contrôle de ses lucratifs « plans stups ».

« Pas une solution miracle »

Le déploiement de la CRS 8, « ce n’est pas une solution miracle, mais c’est un renfort massif et de poids », concède le sous-préfet, louant les modalités d’intervention « plus souples » de cette unité, mobilisable 24 heures sur 24 : « Cela nous permet d’agir avec une grande réactivité ». L’objectif est double poursuit Yannis Bouzar : « rassurer les habitants » et « porter des coups majeurs aux trafiquants » dans le département, où, rappelle-t-il, plus de 70 points de deal ont été démantelés depuis 2021.

D’où une situation assez « paradoxale », reconnaît-il : « Nous n’avons jamais été aussi bons en ce qui concerne les saisies d’avoirs criminels, nous n’avons jamais interpellé autant de trafiquants, nous n’avons jamais été aussi performants en ce qui concerne les amendes forfaitaires délictuelles ». Et « c’est précisément parce que ces trafiquants sont aux abois qu’ils en sont réduits à armer des jeunes de 14, 15, 16 ans, que cette violence qui autrefois avait pu être plus ciblée devient aveugle. » Pour Fatouma, une mère de cinquante ans qui craint quotidiennement pour ses deux fils, cette énième opération ne changera rien : « On souffre, on vit dans la peur. Les policiers sont là, mais cinq minutes après, ils vont repartir. »

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