« La biodiversité, aussi majeure que le climat »

Recueilli par Stéphanie Harounyan

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Laurent Roy est à la tête de la direction régionale

de l'environnement,

de l'aménagement et du logement (Dreal). Cet ingénieur en chef du génie rural, des eaux et des forêts dresse un état des lieux environnemental de la région.

La création de la Dreal devait permettre d'avoir une approche globale et cohérente du territoire. Neuf mois après, où en est-on ?

Laurent Roy :

L'exemple de la zone industrialo-portuaire est intéressant : il y a, à la fois, des politiques de développement des transports, des projets supposant de la consommation d'espaces et donc la préservation de l'espace naturel, des aspects prévention des risques [avec plusieurs sites Seveso] et pollution de l'air. Aujourd'hui, on prend en compte toutes ces problématiques en amont. Avant, on les croisait plus en aval, ce qui pouvait être conflictuel.

Certains projets mettent en jeu des objectifs a priori contradictoires, comme ce projet de liaison fluviale mené par le port sur un site où poussent deux espèces protégées. Comment arbitrer ?

Pour ce projet, l'étude d'impact n'a pas été rendue à la Dreal. Mais on est typiquement dans l'application de la fusion. Dans cette région, il est à peu près certain qu'un projet d'aménagement concernera des espèces protégées. D'abord, il faut s'assurer de l'intérêt général du projet. Dans le cas de cette liaison fluviale, pas de doute. Ensuite, il faut étudier toutes les localisations alternatives pour minimiser l'impact sur les espèces. Enfin, on entre dans une logique de compensation en préservant les espèces concernées ailleurs.

Et si les compensations sont irréalisables ? Le coussoul, par exemple, ce milieu caractéristique de la Crau impacté par plusieurs projets, ne se trouve pas ailleurs.

Les compensations sont prévues par les textes et doivent être mises en oeuvre. En tout cas, nous maintenons la pression vis-à-vis des opérateurs. Concernant le coussoul vierge, sauf impératif d'intérêt majeur, on n'y touchera plus. Par exemple, un industriel projetant d'implanter une centrale thermique solaire dans l'ouest des Bouches-du-Rhône a, récemment, été reçu par le préfet. C'est pourtant un projet d'intérêt général, mais on lui a dit d'aller voir plus loin, justement pour préserver le coussoul vierge. Ceci dit, une expérimentation intéressante est menée par une filiale de la Caisse des dépôts, qui a acheté des anciens vergers de la Crau qu'elle transforme en coussoul pour les revendre à des aménageurs.

Autre débat lancé cet été après un incident dans la Crau, l'état du réseau des pipelines qui traversent cette zone. Qu'en est-il ?

Avant même l'incident, on avait demandé à tous les opérateurs des études de sécurité de leurs canalisations, à nous transmettre mi-septembre. Pour la grande majorité, cela a été fait. On va ensuite définir des mesures concrètes pour mieux maîtriser le risque. Il faudra probablement renforcer le rythme de renouvellement des canalisations, ce que font déjà certains opérateurs. Il s'agit surtout d'être plus efficace sur ce qu'on va contrôler et à quelle fréquence. Jusqu'à maintenant, on mesurait tous les dix ans un certain nombre de paramètres. Dix ans, c'est peut-être insuffisant, et les paramètres ne sont peut-être pas les bons.

En matière de sécurité, plusieurs incidents se sont produits cette année sur les sites industriels de la région. Comment les interpréter ?

C'est clair, il y a eu une multiplication des incidents cet été. La Dreal a donc interrogé l'ensemble des sites Seveso de la région pour leur demander leur analyse. On est en train de recevoir leurs contributions. Visiblement, il faut se pencher à la fois sur le vieillissement des installations et sur les lacunes dans la culture de la sécurité.

Cette année, la Dreal devait proposer un dispositif amélioré de gestion des pics de pollution au soufre. En cette période hivernale propice à ces pics, où en est-on ?

Le dispositif Sternes, qui demande aux industriels de réduire leurs émissions soufrées quand la météorologie est défavorable, avait pour défaut d'être mis en place à la journée. On avait du mal à être réactif. Désormais, on demande des réductions plus importantes et surtout avec des prévisions à trois jours. L'ensemble des arrêtés préfectoraux ont été pris, ce sera le premier hiver de mise en oeuvre de ce dispositif.

2010 a été décrétée Année internationale de la biodiversité. Quels sont les enjeux en Paca ?

Le grand public n'a pas encore conscience que c'est un sujet aussi majeur que le climat. Certains pensent encore que les petites fleurs, les papillons, c'est sympathique, mais anecdotique. S'il n'y a pas de biodiversité, il n'y a pas d'agriculture, pas d'alimentation. La majorité des molécules utilisées par les industries pharmaceutiques viennent du vivant. Il faut renforcer la sensibilisation et la pédagogie. Peu savent que sur 584 espèces menacées présentes en France, nous en avons la moitié en Paca. Cela montre l'importance des enjeux pour nous. W