Les oiseaux migrants priés de voler ailleurs

Laurent Berneron

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Des fusées détonantes et des cris d'oiseaux sont utilisés pour chasser les passereaux.
Des fusées détonantes et des cris d'oiseaux sont utilisés pour chasser les passereaux. — S. PAGANO / REPORTAGES / 20 MINUTES

Les étourneaux ont leurs petites habitudes dans la cité phocéenne. Chaque année, entre novembre et décembre, des nuées de volatiles partent d'Europe de l'Est pour une villégiature marseillaise avant leur migration vers le Maghreb. Mais cet hiver, leur retraite provençale sera moins tranquille.

La mairie de Marseille expérimente pour la première fois cette année un dispositif « d'effarouchement acoustique des étourneaux ». Le principe est simple : faire peur aux volatiles pour qu'ils changent de crémerie. « Leur fiente est acide et corrosive pour les voitures, glissante sur la chaussée et leur présence en nombre est parfois critique pour les arbres », énumère Jean-François Fonteneau, éthologue et PDG de la société Sacpa, spécialiste des services « pour l'assistance et le contrôle du peuple animal ». Celle-ci a recensé actuellement près d'un million de pensionnaires dans des quartiers très ciblés, comme autour de l'avenue de la Corse, du Pharo ou de la place Félix-Baret, en face de la préfecture.

Chaque soir et chaque matin durant une semaine, des équipes de deux employés se postent devant les arbres qui servent de dortoirs aux colonies d'étourneaux. L'un brandit un revolver qui lance des fusées traçantes, détonantes ou crépitantes. L'autre, muni d'un mégaphone, parle avec les étourneaux. « Nous diffusons les sons de l'étourneau blessé ou du geai, précise Jean-François Fonteneau. Pourquoi le geai ? Quand vous entrez dans une forêt, il est le premier oiseau à signaler votre présence. Il indique aux autres le danger. » Si les étourneaux conviennent que l'endroit est menaçant, ils se réfugieront ailleurs. Mais la tâche n'est pas facile, car ces oiseaux aiment la ville. « Il y fait quelques degrés de plus qu'à la campagne, il y a moins de prédateurs et la lumière est rassurante », explique l'éthologue. Dans la journée, les étourneaux partent de Marseille et volent « entre 20 et 50 km » pour chercher de quoi manger. Le soir, ils reviennent et se concentrent dans des arbres qu'ils connaissent pour échanger des informations sur les lieux où la nourriture est abondante. « Ils peuvent aller dans les jardins publics », préférerait Martine Vassal, maire adjointe (UMP) à la Qualité de la ville, en charge de l'opération. W