Les élus veulent plus contre la pollution

Laurent Berneron

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L'écosystème de l'étang de Berre est bouleversé par les rejets d'eau douce.
L'écosystème de l'étang de Berre est bouleversé par les rejets d'eau douce. — P. MARSAUT / REPORTAGES / 20 MINutes

C'est un vieux serpent de mer. Cinq ans après la condamnation de la France par Bruxelles concernant la pollution de l'étang de Berre, quatre représentants de la Commission européenne et trois du ministère de l'Ecologie étaient sur le site, hier. Objectif : s'assurer que l'Etat français répond aux exigences européennes de réhabilitation de l'étang. Depuis quarante ans, l'usine hydroélectrique EDF de Saint-Chamas rejette en effet d'importantes quantités d'eau douce dans la lagune salée, bouleversant son écosystème. Après la condamnation européenne, l'Etat avait imposé à EDF dès 2005 un volume maximal de rejets d'eau douce et de limons par an, et l'obligation de les lisser dans le temps.

L'expérimentation, qui a duré quatre ans, vient de s'achever. « Le lissage n'a servi strictement à rien », tranche Serge Andréoni, sénateur-maire (PS) de Berre-l'Etang et président du groupement d'intérêt public pour la réhabilitation de l'étang de Berre (Gipreb). Depuis plus de vingt ans, écologistes et maires du pourtour du plan d'eau demandent une dérivation des eaux douces de Saint-Chamas vers le Rhône, grâce à la construction d'un canal. Un projet estimé entre 1 et 2 milliards d'euros... Hier, ni le ministère, ni la Commission européenne n'avaient communiqué sur leur visite ou le bilan du lissage. « Ils sont venus écouter, ils n'ont pas beaucoup parlé », constate Serge Andréoni. Les élus locaux craignent que la solution du lissage perdure et que Bruxelles mette un terme au contentieux avec la France. Un retour à la case départ. « Il y a eu un réveil en 2004, depuis on retombe dans les mêmes errements », estime Vincent Burroni, maire (PS) de Châteauneuf-les-Martigues. Autre souhait du Gipreb, la réouverture du tunnel du Rove, qui permettrait d'injecter de l'eau salée depuis l'Estaque vers l'étang de Bolmont, puis celui de Berre. Mais là encore, le projet traîne. Des ouvertures expérimentales étaient initialement prévues l'an prochain. Elles seraient repoussées d'un an ou deux, affirment les élus. Pour Bernard Nicolini, écologiste de l'association Etang marin, gagner du temps est une stratégie. « EDF arrive en fin de concession sur l'exploitation hydroélectrique de la Durance en 2015, analyse-t-il. Elle n'a pas envie de faire des investissements qui risquent de ne pas lui profiter. » W