Tempête autour des poussières de Cadarache

Frédéric Legrand

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Une mesure du niveau de radioactivité dans l'Atelier de plutonium (ATPU) à Cadarache, le 15 octobre dernier.
Une mesure du niveau de radioactivité dans l'Atelier de plutonium (ATPU) à Cadarache, le 15 octobre dernier. — TSCHAEN / SIPA

Incident grave ou simple erreur d'évaluation ? Le débat fait rage depuis deux semaines entre autorités et organismes du nucléaire, élus, associations, après la découverte de 22 kg de poussières de plutonium dans une installation du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) de Cadarache, un écart de 14 kg en trop par rapport aux prévisions. Ces poussières ont été comptabilisées lors d'opérations de démantèlement de l'Atelier de plutonium (ATPU) sur 150 de ses 450 boîtes à gants, de grands aquariums hermétiquement fermés dans lesquels sont réalisées les opérations sur le plutonium.

En se basant sur ces premiers résultats, le CEA évalue à 39 kg la masse de poussière totale à récupérer dans l'ATPU. Pour le réseau Sortir du nucléaire, qui a porté plainte au pénal contre le CEA, « c'est la preuve que l'industrie nucléaire et les autorités de contrôle sont incapables de connaître la réalité de ce qui se passe dans les installations ». Pour assurer la sécurité, « il faut des expertises indépendantes réalisées par des experts internationaux, avec accès à toutes les parties du site », estime Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau.

Le CEA estime au contraire que les conditions de sécurité ont été respectées : « Au maximum, on a trouvé 10 kg de poussières dans un des éléments, ce qui est en dessous des 12 kg autorisés et encore en dessous du seuil de criticité [volume présentant un risque de réaction nucléaire spontanée], qui est fixé à 70 kg », martèle Guy Brunel, porte-parole pour le site de Cadarache. La matière entrant et sortant dans l'ATPU étant mesurée au niveau de chaque pièce, mais pas de chaque boîte à gants, la poussière n'apparaît pas dans les pesées, puisqu'elle ne « sort » pas.

Accumulée sous les plans de travail, les câbles d'alimentation et dans les engrenages des outils, elle « est difficilement accessible et visible », admet Laurent Kueny, délégué régional de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

L'ATPU ayant fonctionné durant plus de quarante ans, d'abord en phase expérimentale puis en phase industrielle depuis les années 1990, l'accumulation de poussières découle d'« un phénomène de dérive lente », selon l'ASN. « On peut essayer de le limiter avec un nettoyage régulier par brossage ou aspiration », souligne l'ASN. Problème : les phases de nettoyage sont devenues moins fréquentes à mesure que l'activité s'intensifiait. Après le passage à la phase industrielle, « il y avait un nettoyage tous les quatre à six mois », explique le groupe Areva, qui a exploité l'ATPU jusqu'en 2006. « Au début, en phase expérimentale, il y avait une journée de nettoyage par semaine », note Patricia Ferraresi, délégué CGT au CEA de Cadarache. Le syndicat dénonce « une perte de la culture de sécurité », notamment à cause « d'objectifs de productivité » et le recours à des sous-traitants.

A la suite de l'incident, l'ASN a suspendu toutes les opérations de démantèlement de l'ATPU. L'Autorité attend une évaluation complète des poussières de plutonium pour réviser ou non les procédés de démantèlement, notamment les volumes d'eau pouvant être utilisés pour nettoyer les boîtes à gants. L'eau étant un facteur augmentant le risque de réaction spontanée, son utilisation est très réglementée. Hier, le CEA indiquait que l'eau n'était utilisée « que quand on est sûrs qu'il reste moins de 250 g de poussière dans la boîte ». Le procédé n'aurait donc pas vocation à changer. Reste encore à évaluer définitivement le volume de poussières restant. W