Dépêchez-vous de manger avant qu'il ne soit trop tard

Laurent Berneron

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Prière de dîner avant 23 h. La mairie de Marseille souhaite inculquer ce comportement aux noctambules marseillais, fêtards ou travailleurs de nuit. Depuis le 9 octobre, la ville interdit par arrêté la vente à emporter de nourriture et de boissons dans l'hypercentre, sur un périmètre qui va du Vieux-Port à la Plaine. « Nous souhaitons le bon ordre, la sécurité, la tranquillité et juguler la délinquance », argumente Caroline ­Pozmentier (UMP), maire adjointe chargée de la sécurité.

Problème, cet arrêté existe en fait depuis 2002 et il a simplement été reconduit. « Je demande aujourd'hui qu'il soit respecté », affirme l'adjointe, qui admet que le texte est resté jusqu'à présent lettre morte. « Mieux vaut un rappel pour la forme que de ne rien faire », assure l'élue. Même si, en l'occurrence, la police municipale ne pourra rien faire : elle ne travaille pas la nuit.

Devant le collège Thiers, des jeunes s'interrogent sur le couvre-feu du ventre. « Peut-être veulent-ils interdire aux jeunes de traîner le soir ? analyse l'un d'eux. Nous, on va très rarement au restaurant. On mange souvent dans les fast-foods, lors d'une soirée ou après un concert. » « C'est bon, c'est rapide et c'est pas cher », confirme Amel, étudiante de la fac Canebière, qui voit dans cette restriction, « un souci surtout pour le week-end ».

Paco, consommateur régulier, refuse de sucer son pouce après 23 h. « Il y a des gens qui travaillent la nuit, comme moi, observe-t-il. Comme la police nationale aussi, puisqu'on parle de sécurité. Comment ils vont faire, ils vont emmener leur gamelle dans la voiture ? Et les gens qui prennent un TGV à 23 h, ils feront comment ? On a le droit de travailler, la nuit, le dimanche, mais on n'a pas le droit de manger la nuit ? C'est ridicule ! »

Côté commerçants, on pointe du doigt une possible baisse du chiffre d'affaires et des problèmes liés à l'application de l'interdiction. « On n'a pas le pouvoir de contrôler si un type s'en va avec son sandwich, estime un gérant de fast-food de la Canebière. Il vaut mieux sensibiliser les gens que sanctionner les commerçants. »

Caroline Pozmentier reconnaît « que ce n'est pas en stigmatisant le fast-food qu'on luttera contre la délinquance ». Elle envisage de réunir « très vite » les acteurs de la sécurité pour effectuer un toilettage de l'arrêté. Certaines rues pourraient sortir du périmètre et des établissements pourraient y échapper. « La restauration rapide est une activité qui a beaucoup changé : on voit par exemple fleurir des fast-foods bio, note l'adjointe au maire. Peut-être devrait-on cibler uniquement les boissons alcoolisées. » La réflexion est lancée. W