Les roms réclament la scolarisation de leurs enfants

Carole Vinco

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Jeune papa d'une trentaine d'années, Stefan et sa famille squattent un grand appartement, un des nombreux logements laissés vacants rue de Lyon (15e). Se frayant un chemin entre le portail délabré, l'escalier branlant et les murs défraîchis, Johanne Girard, de l'association Ampil, vient faire un point sur la scolarisation de leurs enfants. Selon les associations, entre 2 000 à 3 000 Roms habiteraient actuellement Marseille. Plus importante minorité ethnique d'Europe, peuple sans Etat, les Roms sont l'objet de persécutions depuis des siècles. « Ils ne sont pas des nomades, explique Charlotte Monimart, bénévole à Médecins du Monde, ils ne demandent qu'à s'installer de façon pérenne. » Depuis l'adhésion de la Roumanie en 2007 à l'Union européenne, l'Ampil se bat pour faire valoir les droits des Roms dont celui de l'accès à l'école. Le boulot de Johanne Girard est sur le terrain, à la rencontre des familles.

Parmi elles, celle de Stefan. Sa soeur Dorina offre un café. Lui, tend une cigarette. La maison, vaste campement de fortune, est rangée et entretenue, malgré les huit enfants et les sept adultes qui y vivent. Des dizaines de vêtements sèchent au soleil. Stefan et Dorina, installés sur la terrasse sirotent un café avec Johanne, au milieu des va-et-vient des enfants. « Je veux qu'ils aillent à l'école, affirme Stefan. Moi je n'ai pas eu cette chance. Aujourd'hui, je ne sais ni lire, ni écrire et c'est un problème pour moi. » L'année dernière, Johanne Girard avait déjà scolarisé leurs enfants : « Ils y sont restés dix jours car la famille a été expulsée du squat où elle vivait », raconte la salariée de l'Ampil. Un cas qui n'est pas isolé. Plus que la précarité et les difficultés à trouver du travail (lire ci-dessous), l'expulsion de leur logement reste la principale angoisse des Roms, et la première difficulté des associations. « Dans la précipitation, ils perdent souvent toutes leurs affaires, papiers compris, et se relogent loin de l'école où sont inscrits les enfants », explique Johanne Girard. Dans un squat voisin, la jeune femme prend des nouvelles d'une autre famille. Tendant l'oreille et percevant le mot scolarisation, un petit garçon s'approche de Johanne et l'interpelle : « Pour moi, je veux aller à l'école madame. » Babad a 9 ans. Depuis six ans il vit à Marseille et pourtant, comme la plupart des enfants de la communauté rom, Babad n'a jamais été à l'école. La jeune femme tente, tant bien que mal, de répondre à la demande de plus en plus nombreuse : « Les Roms veulent pour l'avenir de leurs enfants, ce qu'eux-mêmes n'ont pas eu : l'accès aux études qui signifie l'accès à l'emploi pour vivre décemment. » L'année dernière, l'Ampil a réussi à scolariser une cinquantaine d'enfants. W