Incompréhensions et manipulations à la cour

Laurent Berneron

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« C'est important pour vous de comprendre ce que cela représente. » Au troisième jour de son procès, Michèle Alfort est invitée par Patrick Vogt, président de la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, à réaliser la portée de ses actes. Dans le box des accusés, elle et son fils semblent découvrir les faits, la mine inconséquente. Le 19 mai 2006, Michèle Alfort, 52 ans, se rend avec son fils Morgan, 22 ans, chez un ami de son compagnon, Pascal Magnier. Elle tient celui-ci pour responsable de la dégradation de ses relations conjugales. Chez Pascal Magnier, qui est absent, le duo met le feu à l'appartement. Au-dessus, Hadidja Mhadjou, 28 ans, et son fils de 8 ans, tentent d'échapper aux flammes qui embrasent l'immeuble. Ils meurent après s'être jetés dans le vide. Son bébé de treize mois est également retrouvé mort dans les décombres.

« Je ne suis pas allé là-bas pour mettre le feu, se défend Michèle Alfort face à la cour. J'ai explosé, j'ai craqué. » Selon elle, son intention première était de copier des éléments sur l'ordinateur de Pascal Magnier, artisan peintre, qui employait de temps en temps son compagnon, Christian Cognette, au noir. « Je voulais prouver qu'il exploitait des gens », dit-elle. Elle lui reproche aussi d'avoir poussé son compagnon à boire et à fréquenter des bars de nuits et des prostituées. Sur les circonstances exactes du drame, elle dit « ne se souvenir de rien ». Son fils, lui, se contredit dans ses versions. Il s'accuse d'abord de l'incendie, provoqué avec l'aide d'un bidon d'essence acheté au préalable. Avant de se récuser et d'affirmer que, sur demande de sa mère, il a mis le feu à l'aide d'un bidon de white-spirit trouvé sur place. A la barre, la soeur de la victime, Soifia Mhadjou, fond en larmes. S'adressant aux accusés, elle lance : « Je n'ai pas de haine, je veux simplement qu'ils me disent la vérité. » Appelée à s'exprimer par le président Vogt, Michèle Alfort prend le micro. « J'ai eu un coup de folie, votre famille n'y est pour rien, dit-elle. Je me suis forcée à regarder les photos des victimes, ça m'a rendue heureuse de les voir en vie. » L'expertise psychiatrique menée sur l'accusée n'a rien décelé. Pour l'avocat général, Michèle Alfort est simplement « une manipulatrice qui a pété les plombs, comme elle dit ». Elle et son fils encourent la prison à perpétuité. Verdict vendredi. W