Les rives de l'Arles antique sorties des eaux

Stéphanie Harounyan

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Après vingt ans de maigres butins, Luc Long a bien failli céder au découragement. Jusqu'à ce que le conservateur en chef du patrimoine au département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) et ses plongeurs tombent sur une mine d'objets, dont un buste de César réalisé de son vivant, sorti des eaux troubles du Rhône en 2007. Depuis, dans cette même bande de fleuve longue de 500 m, en bordure du quartier arlésien de Trinquetaille, de nouveaux trésors de l'Arles antique ont été mis au jour. Les résultats de la campagne de fouilles 2009, présentés hier, sont plus que prometteurs.

Des amphores, des grandes jarres, des parties de bateaux... « Ces découvertes nous ramènent au grand commerce international que gérait Arles à l'époque romaine, explique Luc Long. Nous avons également trouvé des éléments de la vie quotidienne, comme des bagues ou des vases venant des villas. » La galerie de portraits inaugurée par le buste de César s'est enrichie, notamment d'une représentation du dieu Mars et de celle d'un notable arlésien encore anonyme semblant dater du Ier siècle après J. C.

Ces fouilles ont aussi permis de mettre à jour des fragments d'édifices monumentaux, qui renforcent l'hypothèse d'une « ville double », des deux côtés du fleuve. « Tous les grands monuments laissaient penser qu'Arles n'occupait que la rive gauche du Rhône, analyse Luc Long. De la rive droite, on ne connaissait que des nécropoles et des villas. Là, ces éléments suggèrent une façade monumentale, où les négociants affichaient leurs richesses et la grandeur de Rome. Il faut imaginer sur toute la longueur des temples, des grands édifices, des mausolées... » Si l'hypothèse reste à valider, Hervé Schiavetti, maire (PC) d'Arles, imagine déjà comment la rive droite pourrait se réapproprier ce passé, « en implantant par exemple sur place de grands ateliers de restauration des oeuvres ». Pour l'heure, c'est ailleurs que les pièces repêchées vont être nettoyées. Elles ne seront donc pas visibles pour la grande exposition présentée à partir du 24 octobre à Arles (lire encadré). Les fouilles, elles, devraient reprendre en 2010, parallèlement à de nouvelles campagnes lancées aux Saintes-Maries-de-la-Mer et à Beaucaire, toujours dans les eaux du fleuve. W