Début houleux au procès des navettes

Frédéric Legrand

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Et il reste encore six jours d'audience. Dès l'ouverture du procès des navettes du Frioul, le président du tribunal, Vincent Turbeaux, s'est violemment heurté à André Pipolo, un des principaux prévenus et associés du Groupement des armateurs côtiers marseillais (GACM), accusé d'abus de biens sociaux et de détournement de fonds.

Une fois évacuées les questions de procédure, le ton monte rapidement quand le tribunal s'intéresse au patrimoine immobilier d'André Pipolo. « Vous achetez tellement de terrains et d'immeubles que, de 1998 à 2001, vos remboursements représentent 255 000 euros par an, souligne Vincent Turbeaux. Pourtant, sur la même période, vous ne déclarez que de 17 000 à 49 000 euros par an. Comment faites-vous pour payer le reste ? » Blazer noir et chemise grise, l'air renfrogné, André Pipolo assure à la barre qu'il remboursait « à trois, avec [ses] enfants ». Le procureur, Marc Rivet, l'interroge sur les motifs de ses achats de terrains de vignes près d'Aix-en-Provence. « Je ne comprends pas votre attitude », lance André Pipolo. Quand on en vient à la construction d'une maison à Vallauris, Vincent Turbeaux commence à se lasser : « Il est à peine 11 h, et vous repartez comme pendant l'enquête en disant "Ah, je ne sais pas..."» L'après-midi, les débats s'enveniment encore davantage. Le procureur traite André Pipolo d'« escroc », et le président lui lance un « Je ne vous respecte pas ». Gilbert Collard avocat, avec quatre autres confrères, du père et des deux fils Pipolo, annonce le dépôt d'une requête pour faire récuser Vincent Turbeaux. « Quand on ne respecte pas quelqu'un et qu'on a le pouvoir de le condamner, on ne peut pas le juger », estime l'avocat. « Je ne suis pas une serpillière », riposte le président.

Théoriquement, le tribunal doit examiner aujourd'hui la desserte du Frioul par le GACM et la mise en place de la double billetterie qui, de 1996 à 2005, aurait permis de détourner plus de 16 millions d'euros. W