Les navettes du Frioul, des quais à la barre du tribunal

JUSTICE Sept prévenus doivent comparaître à partir de ce lundi devant le tribunal de Marseille...

Frédéric Legrand

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Procès sur la fin d'une époque. Sept prévenus doivent comparaître à partir de ce lundi et pendant dix jours devant le tribunal de Marseille, pour des malversations présumées dans la gestion des navettes reliant le Frioul au Vieux-Port.

Depuis la Libération et jusqu'en 2006, le service était assuré par les bateaux du Groupement des armateurs côtiers marseillais (GACM), géré par deux familles associées, les Pipolo et les Crescioni. Le 21 mars 2006, tout s'arrête brutalement: la police arrête les gérants, met sous séquestre les bateaux et les pontons du GACM. Le même jour, un navire du groupe Veolia arrivant de Bretagne entre dans le Vieux-Port pour prendre la relève.

Huit bateaux rendus invisibles

Tout a commencé courant 2005, par un contrôle fiscal. Les inspecteurs découvrent dans les comptes du GACM une cascade d'irrégularités: huit bateaux rendus invisibles dans les chiffres par une «véritable alchimie comptable», des versements massifs en espèces sur les comptes des associés, des achats de sociétés offshore et, surtout, un système de double billetterie. De 1996 à 2005, la justice évalue à plus de 16 millions d'euros le montant des recettes détournées.

Pour les enquêteurs, le GACM «trouve son fondement sur des pratiques mafieuses», notamment d'intimidations contre d'éventuels concurrents. En 2004, lors des pré-régates de la Coupe de l'America, le fils Pipolo et le père Crescioni bloquent avec leur bateau un catamaran varois, venu embarquer des spectateurs dans le Vieux-Port.

«L'ère Defferre»

Devant la police, puis devant le juge d'instruction, les deux familles nient toute malversation. «Ils n'ont pas su sortir de l'ère Defferre, ils ont été en décalage avec les nouvelles règles, estime Catherine Martini, avocate des Pipolo. Mais ce ne sont pas des gens qui ne sont là que pour le fric. Ils travaillaient là depuis quarante ans, on leur a tout enlevé.»

Assurant la défense des Crescioni, Gaetan Balestra et Alain Guidi dénoncent de leur côté un «acharnement judiciaire». «Le GACM avait été contrôlé pendant vingt ans par les Affaires maritimes sans qu'on trouve rien à redire, souligne Alain Guidi. Et du jour au lendemain, on les débarque? Le contexte dans ce dossier est malsain.» Les avocats mettent en avant la vente par l'Etat, «pour des sommes dérisoires», des bateaux placés sous séquestre, le refus du juge d'instruction de procéder à des enquêtes complémentaires et la dimension politique du dossier, avec l'arrivée de Veolia dans le Vieux-Port. Le tribunal a dix jours de procès et vingt et un tomes de procédure pour faire la part des choses.