Le port fait l'inventaire de ses richesses

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Mieux vaut prévenir que guérir. Pour le Grand Port maritime de Marseille, plus question de faire l'impasse sur les enjeux de biodiversité. Certes, la nouvelle donne environnementale dictée par les Grenelle de l'environnement et de la mer impose aujourd'hui une réflexion, mais les recours en justice déposés par les associations de défense de la nature avaient déjà accéléré la prise de conscience. Après les actions contre l'incinérateur et le terminal méthanier GDF, c'est la levée de boucliers contre le projet de plate-forme logistique d'Ikea, initié en 2007 et dont l'installation menaçait plusieurs espèces protégées, qui a définitivement entraîné une réaction.

« Dans les années 2000, le renouveau économique du port a coïncidé avec la montée de l'intérêt pour la biodiversité, explique Magali Deveze, chef du service aménagement et développement durable du port. Après avoir été confrontés à des cas comme celui d'Ikea, on a engagé, fin 2007, un inventaire exhaustif sur les zones amenées à être aménagées. » Espace concerné : 3 000 hectares sur les 10 000 que possède le port entre Marseille et Fos. Sont exclus d'emblée 3 000 autres hectares à la biodiversité exceptionnelle, déjà sanctuarisés. Cet inventaire, achevé l'an dernier, s'accompagne pour chaque terrain aménageable d'une grille des enjeux environnementaux, soumise aux nouveaux porteurs de projet. S'appuyant sur une douzaine de critères, celle-ci prévoit des mesures à mettre en oeuvre pour compenser la perte de biodiversité, comme le prévoit la loi. En gros, tout ce qui est détruit d'un côté doit être rattrapé ailleurs, par exemple en achetant des terrains supplémentaires à des fins purement environnementales. Un système donnant-donnant qui a un prix : « Pour le projet de plate-forme logistique Massilia, prévu à la Feuillane, le surcoût s'élève à 2 millions d'euros », note Magali Deveze.

Une démarche « inédite », souligne-t-elle, qui ne convainc pas Cyril Girard, administrateur de l'association de défense du patrimoine naturel Nacicca. « Certaines de leurs zones aménageables ont une grande valeur écologique, explique-t-il. De plus, cet inventaire est un outil dangereux, car il donne une légitimité à la destruction de l'environnement. Avant d'imaginer des compensations pour les terrains détruits, on devrait tout faire pour ne pas les détruire. » Autre réserve, la difficulté même d'appliquer ces mesures compensatoires. « Le projet Massilia, par exemple, est prévu sur un écosystème précis, le coussoul de la Crau, qui a perdu 80 % de sa superficie au siècle dernier. Comment racheter du coussoul pour compenser alors qu'il n'y en a plus ? Or, la loi ne prévoit rien pour vérifier si la compensation est effective. »

« C'est vrai que c'est difficile à réaliser, mais il y a des garde-fous : sans ces compensations, nous ne pourrions pas obtenir de permis de construire, se défend Magali Deveze. De plus, le préfet d'Istres a mis en place un comité de suivi de ces mesures, on a donc vraiment la pression. » Pour elle, la méfiance des défenseurs de l'environnement est guidée par des « préjugés ». « Ils se réfèrent à un passé qui n'est pas forcément en notre faveur, concède-t-elle. Mais il y a une réelle volonté de changement, on le verra avec le temps. » W

S. H.