des Opérations raffinées pour nettoyer la Crau du pétrole

Frédéric Legrand

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Des talus d'une terre foncée, parfois grise-noire, d'où s'échappe par à-coups une odeur d'essence. Ils sont pelletés dans des camions bâchés, qui s'engagent ensuite sur une petite route de terre, arrosée régulièrement pour éviter les dégagements de poussière. Hier, dans la réserve naturelle de la Crau, au lieu-dit Le Cossure, la Société du pipeline sud-européen (SPSE) finissait la deuxième tranche des travaux d'excavation après la fuite de leur oléoduc. Il y un mois exactement, le pipeline s'était rompu, inondant le sol de 4 000 m3 de fuel sur près de 5 hectares.

« Aujourd'hui, nous avons fini les deux zones à côté du pipeline, explique François Trabucco, directeur technique adjoint à la SPSE. Il reste à creuser sous les tuyaux. Il y a cinq pipelines, le sol est plus perméable, c'est une opération délicate. » Pour le moment, l'entreprise a creusé jusqu'à 40 cm de profondeur pour dégager la terre souillée. En dessous, théoriquement, il y a le « poudingue », un sol étanche et dur de la Crau formé d'anciens galets de la Durance, agglomérés. Sur la zone de travaux, le poudingue affleure, en taches blanches ou gris clair. « Il n'est pas toujours à la même profondeur, et varie en perméabilité, explique Cyril Coudré, chef de projet à la société ICF Environnement, qui conseille la SPSE pour les travaux. Il y a plusieurs strates de poudingue, il faut faire des carottages à différents endroits pour tester le sol. » Selon les résultats, il pourrait être nécessaire de creuser plus profondément. Autour de la zone polluée, quatre tubes de métal surgissent du sol à la verticale. Des tubes de forage, utilisés pour prélever des échantillons d'eau dans la nappe phréatique, située à plus de 9 m de profondeur.

Pour le moment, les analyses ont montré la présence de traces d'hydrocarbures. Pour le moment, elles n'ont pas encore permis de déterminer la nature du produit, et donc sa provenance. « C'est encore à l'état de traces, et très loin des zones de captage pour l'eau potable, tempère François Trabucco. Nous allons faire d'autres prélèvements, mais nous avons déjà fait une proposition de dépollution de la nappe, avec un système de pompe et de filtrage. » Tout autour du site, entre les herbes et les galets, les criquets sautent par groupe de six ou sept, où qu'on pose le pied. En collaboration avec les gestionnaires de la réserve, ICF a fait des prélèvements de faune et de flore. « Nous avons travaillé le long des vents dominants et de celui constaté le jour de l'accident », explique Cyril Coudré. Des spécialistes devraient évaluer d'ici à la fin de l'année l'impact sur l'ensemble de la chaîne alimentaire et de l'écosystème de la Crau, dernière steppe de France. W