Pas de vacances pour les sans-papiers

Laurent Berneron

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RESF a donné une conférence de presse, hier, à la Maison des droits de l'homme.
RESF a donné une conférence de presse, hier, à la Maison des droits de l'homme. — C. BONNEFOI / REPORTAGES / 20 MINUTES

Rester vigilants. Hier, le Réseau éducation sans frontières (RESF) a dit craindre des expulsions de familles sans papiers pendant l'été. « Durant la période estivale, le lieu de protection que constituent l'école, le collège, le lycée ou l'université des enfants est fermé, témoigne Agathe Dreyfus, militante du réseau. On s'organise donc pour maintenir des permanences et une veille téléphonique. Notre message aux familles, c'est : "Ne restez pas isolés".»

Or selon l'association, les possibilités de vivre dans la légalité se réduisent de plus en plus. « Le regroupement familial, le droit à étudier en France, tout cela est de plus en plus difficile à gagner », indique Agathe Dreyfus. « De même, beaucoup de familles ont l'idée qu'il existe en France le droit d'asile, affirme Bernadette Matrat, membre de RESF. Mais l'asile, c'est très difficile à obtenir, il y a des quotas, même si ce n'est pas dit... » En témoigne le cas de la famille San, qui compte quatre enfants scolarisés à Marseille. Le père, Kurde de Turquie, a été condamné à plusieurs années de prison dans son pays, pour de simples propos politiques et parce qu'il avait brandi un drapeau. La famille s'est enfuie en France, après être arrivée en Europe par bateau en Italie. « La procédure dite Dublin 2 oblige à faire les démarches d'asile en Italie, rappelle l'enseignante des enfants. Alors qu'ils sont scolarisés ici depuis un an ! Pour prétendre à l'asile en France, ils auraient dû venir directement en bateau de Turquie en France, c'est absurde. »

Autre cas, celui de la famille Aronian, partie d'une Arménie en guerre en 1989 contre l'Azerbaïdjan, bringuebalée en Russie, en Europe et en France, au gré des expulsions. « Aucun des deux pays n'est en mesure de donner de nationalité à la maman. Alors, si elle était expulsée, ce serait vers quel pays ? », relèvent les militants de RESF, pointant le vide juridique. Malgré l'insertion, la clandestinité gagne. « Le passage à l'âge de 18 ans est un couperet, puisque les jeunes deviennent expulsables, même quand leurs parents sont régularisés », indique Bernadette Matrat. « On se rend bien compte qu'il y a un terrain politique sur lequel il faut agir », conclut une enseignante, résolue à mobiliser davantage la communauté éducative sur ces situations. W