Du phytoplancton contre la pollution

Laurent Berneron

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Isabelle Biegala, chercheuse sur les cyanobactéries, à la station marine d'Endoume.
Isabelle Biegala, chercheuse sur les cyanobactéries, à la station marine d'Endoume. — S. PAGANO / REPORTAGES / 20 MINUtes

Les micro-algues contribuent-elles à dépolluer l'atmosphère, ou vont-elles au contraire modifier l'équilibre fragile de la Méditerranée ? Chercheuse à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), Isabelle Biegala planche notamment sur cette question. Installée à la station marine d'Endoume (7e), elle vient de découvrir dans la rade de Marseille une nouvelle variété prometteuse de cyanobactérie.

Ces organismes primitifs ont été les premiers sur terre à inventer la photosynthèse. Présents dans les mers, jusqu'aux profondeurs où la lumière pénètre encore, ces micro-algues ont la particularité d'absorber du dioxyde de carbone (Co2), un des gaz responsables de l'effet de serre, et de rejeter de l'oxygène. Comme les grandes forêts de l'hémisphère Sud, elles participent ainsi à la fixation naturelle du Co2. Mais la variété découverte par la chercheuse marseillaise, la plus petite jamais observée, que l'on nomme pico-phytoplancton, est encore plus intéressante. « Cette variété est diazotrophe, c'est-à-dire qu'elle fixe le diazote (N2), gaz composant à 78 % l'air que nous respirons », explique Isabelle Biegala. Le pico-phytoplancton interagit donc avec l'atmosphère en puisant du Co2 et du diazote, mais pas seulement...

Lors de la canicule de 2006, Isabelle Biegala fait une observation inhabituelle sur ses zones de prélèvement, à Endoume et au large du Frioul. « Durant l'été, alors que les températures de l'eau et de l'air, la stratification de la mer [couches d'eau qui ne se mélangent pas] et la pollution étaient fortes, j'ai observé une très importante concentration de pico-phytoplancton », note la biologiste. « Pour se développer, ces bactéries ont besoin de carbone, d'azote, mais aussi d'un autre élément. Peut-être du fer qui viendrait des usines de l'étang de Berre, peut-être des poussières venues du Sahara, je ne sais pas encore. » Si le très énigmatique pico-phytoplancton peut donc jouer un rôle déterminant dans la fixation de polluants atmosphériques, sa prolifération pourrait aussi être défavorable à la vie sous l'eau. Comparée à d'autres espèces de taille plus importante, sa contribution au cycle de la vie marine est plus longue. Reste à Isabelle Biegala à arbitrer entre ces deux futurs. W