Pouillon, l'enfant terrible de Marseille

Laurent Berneron

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Les immeubles du quai du Port, l'un des bâtiments construits par Fernand Pouillon.
Les immeubles du quai du Port, l'un des bâtiments construits par Fernand Pouillon. — S. PAGANO / REPORTAGES / 20 MINUtes

On lui doit l'une des vues les plus connues de la cité phocéenne :

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immeubles du quai du port, de chaque côté de la mairie, en contrebas du Panier. L'oeuvre de Fernand Pouillon (1912-1986), architecte marseillais hyperactif et hors-norme, fait l'objet d'une rétrospective qui se tient jusqu'au 30 juin, dans l'ancienne aérogare de Saint-Charles*. A Marseille comme dans tout le département, Pouillon est partout. Le célèbre hôtel de police de l'Evêché, l'aéroport de Marignane ou l'ex-usine Nestlé à Saint-Menet (11e) sont ses réalisations les plus emblématiques.

Au sortir de la guerre, cet architecte dandy et adepte du franc-parler profite de la dynamique de reconstruction avec succès. Mais alors que d'autres se lancent dans le modernisme du tout béton, comme le « fada » Le Corbusier avec la cité radieuse du boulevard Michelet, Pouillon est pragmatique. « Il privilégiait des matériaux locaux et des artisans du cru, par souci d'économie », explique Sandrine Dujardin, directrice du Caue, organisme conseil en architecture auprès du département des Bouches-du-Rhône et organisateur de l'exposition. A Aix, il se lance un défi qu'il réussit presque : construire 200 logements en 200 jours pour 200 millions de francs. Pour des projets en banlieue parisienne, il est à la fois promoteur, investisseur et architecte afin de maîtriser les coûts. Cette pratique, interdite à l'époque, lui vaudra l'interdiction d'exercer. Il s'exile alors en Algérie. « Pouillon construisait plus vite et moins cher que les autres. Si bien que tout le monde s'est ligué contre lui », rappelle Sandrine Dujardin. Aujourd'hui, le Caue souhaite réhabiliter l'architecte. Mais aussi faire connaître le patrimoine architectural marseillais et provençal, délaissé et même parfois malmené. En témoigne le projet de destruction par la ville d'un bâtiment Pouillon : la station sanitaire. Installée sur le périmètre d'Euromed entre la Major et l'esplanade du J4, elle permettait à l'époque aux immigrés qui débarquaient dans la cité phocéenne de se laver. « Un témoignage exceptionnel du patrimoine maritime de la ville », estime l'architecte Jean-Lucien Bonillo, spécialiste de l'oeuvre de Pouillon. Une pétition contre cette destruction a été lancée et signée par nombre d'architectes actuels, comme Rudy Riciotti, le concepteur du futur Mucem qui doit s'installer juste à côté. W

* 16, rue Antoine Zattara (3e)