« Buropolis » a montré le manque criant d’ateliers d’artistes à Marseille

CLAP DE FIN Près de 250 artistes occupent actuellement les lieux, la plupart sont sans solutions pour la suite

Caroline Delabroy
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Sculpteurs, Antoine et François faisaient partie des artistes résidents de Futuropolis
Sculpteurs, Antoine et François faisaient partie des artistes résidents de Futuropolis — C.Delabroy/20 Minutes
  • Porté par l’association Yes We Camp, le projet « Buropolis » prend fin comme prévu le 15 juin prochain.
  • L’occupation temporaire de cet immeuble de bureaux de 10.000 m² a montré le dynamisme et les besoins de la scène artistique marseillaise. Elle a aussi permis d’identifier les conditions pour de nouveaux projets de ce type.

Pas de rab pour « Buropolis ». La cité d’artistes, qui s’était provisoirement installée dans un vaste immeuble de bureaux promis à la démolition du quartier Sainte-Marguerite à Marseille, va bel et bien fermer ses portes. L’aventure aura donc duré comme prévu dix-huit mois, les conditions (financières notamment) n’étant pas réunies pour prolonger de quelques mois l’occupation temporaire. Mais pour Yes We Camp, l’association porteuse du projet, ce clap de fin n’est pas un échec. Bien au contraire. « On identifiait un bouillonnement marseillais, là au moins il est formalisé », énonce ainsi Raphaël Haziot, coordinateur du projet.

Il faut dire que le pari de départ est assez fou, vu l’ampleur du site : 10.000 m² répartis sur neuf étages. « On pensait avoir des difficultés à le remplir, et c’est allé tellement vite, on sait que le besoin est là, poursuit-il. Durant les 18 mois d’occupation, il y a eu 350 artistes qui sont passés par là, et 150 personnes inscrites sur liste d’attente ». Parmi les occupants, un tiers environ est arrivé récemment à Marseille. « C’est la manifestation assez flagrante d’un besoin d’espaces de production artistique », résume, faussement candide, Antoine Plane, directeur de Yes We Camp.

« Marseille est attractive, cela ne va pas s’arrêter »

Côté mairie, également présente à la conférence de presse, le message passe. « Marseille est attractive, cela ne va pas s’arrêter, la question qui est posée avec une plus grande ampleur aujourd’hui est de répondre aux besoins d’installation avec des résidences et des ateliers d’artistes, réagit ainsi Jean-Marc Coppola, adjoint à la culture. On est devant cette responsabilité de trouver des solutions ». Même le maire de secteur Lionel Royer-Perreaut (ex-LR) lâche : « Il manque des ateliers d’artistes à prix accessibles, c’est ça le vrai sujet ». Il ajoute : « La ville de Marseille, le département, la Soleam, tout le monde a du patrimoine. » Laissant entendre que la ZAC de la Capelette pourrait être une piste.

Si Jean-Marc Coppola évoque aussi comme solutions transitoires le grand plan école ou l’école d’architecture qui sera libérée d’ici un an, il reconnaît ne pas avoir « de solution immédiate » à apporter. « Il va y avoir des arbitrages d’ici l’été », avance-t-il, disant « comprendre l’inquiétude du lendemain ». En attendant, le déménagement des ateliers où travaillent encore 250 artistes se prépare à Buropolis, en même temps que la dernière exposition qui aura lieu dans le cadre du Printemps de l’art contemporain.

Pas moins de trois ans d’occupation à l’avenir

Antoine, sculpteur, sait déjà où il posera ses valises l’an prochain. Il a trouvé une bourse à Madrid. Depuis trois ans qu’elle est à Marseille, après une quinzaine d’années à Berlin, l’artiste Sophie Bueno-Boutellier a, elle, l’impression de n’avoir jamais pu déballer vraiment son atelier, passant d’un lieu transitoire à un autre. « C’est compliqué de s’investir pour un lieu quand ce n’est pas pérenne », dit-elle. Pour la directrice de l’école Koutrajmé de formation gratuite en cinéma, Marie-Antonnelle Joubert, le départ de Buropolis est « catastrophique ». La recherche de nouveaux locaux n’est en effet pas simple. « Pour innover, on a besoin de structures comme Yes We Camp, explique-t-elle. Vous nous avez signés un bail alors que nous n’avons pas d’ancienneté, permis de rencontrer les bonnes personnes. »

Selon l’élu à la culture, « Buropolis est devenu une marque ». Pour Yes We Camp, qui recherche de nouveaux lieux d’occupation temporaire, ce projet a en tout cas permis de définir un nouveau cahier des charges pour l’avenir : une durée qui soit, au minimum, de trois ans, des lieux pas trop vétustes et chers à mettre aux normes d’accueil du public, une surface de 3.500 à 15.000 m². Et également des locaux en rez-de-chaussée pour certaines pratiques artistiques, comme la sculpture, pour que les conditions de travail des artistes soient moins précaires.

Le directeur de Yes We Can, Antoine Plane, en appelle aux collectivités mais aussi à la SNCF, à l’Eglise ou au privé qui ont du foncier disponible pour accueillir de tels projets. « L’urbanisme transitoire n’est pas la panacée, mais c’est une réponse immédiate, urgente à des besoins », assure-t-il. Surtout à Marseille, où l’on compte par exemple seulement une dizaine d’ateliers-logements municipaux pour les artistes, quand il y en a environ 2.500 à Paris.