« Je suis Marseillaise et je n’ai jamais connu la Canebière chouette », comment la ville veut rendre l’avenue attractive ?

INTERVIEW Rebecca Bernardi, l’adjointe au commerce de la ville de Marseille, s’est lancée dans une ambitieuse quête d’interventionnisme sur les commerces de la ville, avec en ligne de mire « refaire la Canebière d’avant, populaire et accueillante »

Alexandre Vella
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La Canebière, on y passe, mais on n'y reste pas.
La Canebière, on y passe, mais on n'y reste pas. — Alexandre VELLA / 20 Minutes
  • La ville de Marseille va étendre après un vote au prochain conseil municipal, le 24 juin prochain, son périmètre de préemption des commerces à quatre arrondissements.
  • Un interventionnisme économique qui a déjà porté ses fruits sur le haut de la plus célèbre rue de Marseille.
  • Rebecca Bernardi, adjointe au commerce, détaille à 20 Minutes sa vision d’une Canebière « populaire et accueillante ».

Quelques articles sur des créateurs et créatrices marseillais punaisés sur un tableau en liège à côté desquels se tient une publication sur la renaissance de la ville de Seattle, Rebecca Bernardi, adjointe au commerce, empile sur son bureau les dossiers. Au sommet de ceux-ci, la Canebière, artère symbolique de la ville de Marseille qu'elle entend « préparer au changement » à grand renfort de préemption de cellules commerciales. Un dispositif qui permet à la mairie de choisir quel commerce s'implante lorsqu'un local se libère et qui sera étendu à quatre arrondissements dès la fin juin.

La municipalité s'est engagée dans une politique de préemption des cellules commerciales, pourquoi ? Pour quels effets ?

Sans la préemption, on ne sait pas ce qui passe et la ville en est réduite à faire de l’animation commerciale. Actuellement, la préemption couvre une zone qui va de la Canebière à Breteuil, soit 1.000 commerces sur les 14.000 que compte la ville. Sur le haut de Canebière, on commence à avoir une action qui se voit. La mandature précédente avait préempté deux locaux que nous avons attribués, une fromagerie et une sandwicherie artisanale, nous en avons installé un troisième, une cuisine zéro déchet, de circuit court. Sur cette première partie du haut de Canebière, on commence à voir, avec l’Artplex, quelque chose qui se dessine. Il y a aussi un projet de l’équipe L'éclectique qui va ouvrir et deux investisseurs qui ont racheté un immeuble et nous ont appelé en disant : «on cherche quelqu’un pour la cellule commerciale». Pour nous, c’est la meilleure équation d’avoir des propriétaires qui nous sollicitent.

Ensuite, il y a ce milieu de Canebière, qui avec les tramways, est sans doute le plus compliqué au niveau de l’espace public. Là, on a non pas préempté, mais on s’est substitué, c’est presque pareil, sur le 50, où le propriétaire avait signé un bail avec Burger et Tacos. On l’a rencontré, il a rompu la promesse de bail et nous on a pris le bail pendant 6 mois, le temps de lancer un appel à projet qu’on va lancer mercredi. On aimerait bien un commerce de bouche, idéalement un avec une terrasse des deux côtés. On a l’immeuble du 75, qu’on a préempté aussi.

La Canebière est la rue sans doute la plus connue de Marseille, et pourtant on n'y reste pas, on la traverse. Elle fait pâle figure à côté des rues Paradis ou Saint-Férréol et leurs nombreux commerces. Quelle vision de la Canebière avez-vous ?

Au fur et à mesure, beaucoup de banques, qui ont de très beaux immeubles, des laboratoires, des opérateurs télecom se sont installés, rien de bien attractif. Il y a des snacks, mais pas grand-chose pour s’asseoir. Le plus criant, c’est le bas Canebière qui n’a pas du tout de commerce adapté à l’usage. Personne ne comprend.

Je suis 100 % Marseillaise et je n’ai jamais connu la Canebière chouette. Alors, on est partie sur une recherche historique depuis 1900 pour voir comment elle était avant. Ce qui est certain, c’est qu’on ne va pas tout transformer et arriver, et dire : «C’est la 5e Avenue ou Time square». 

Ça sera la Canebière qui a toujours existé, populaire et accueillante, une Canebière où avant il y avait des grands café, des bazars, il y avait beaucoup de commerces et de gens en terrasse, et c’est exactement ce qu’on veut refaire. Il y a des endroits qui doivent revenir aux Marseillais. On doit pouvoir manger en terrasse sur la Canebière, acheter des produits chouettes, vivre le soir, parce que la Canebière est censé être notre symbole en fait.

Rebecca Bernardi, adjointe au commerce de la ville de Marseille, le 19 mai 2022
Rebecca Bernardi, adjointe au commerce de la ville de Marseille, le 19 mai 2022 - Alexandre Vella / 20 Minutes

On parle beaucoup de l'attractivité de Marseille, est-ce que cala suit aussi au niveau des commerces ?

Il y a des investisseurs qui ont misé sur la Canebière. Le groupe Sebban a acheté le 8-10 et l’immeuble du Monoprix aussi. Il y a Viasanté, qui nous ont sollicité pour un local commercial vide. Donc plus ça va, plus nous avons l'adhésion des investisseurs. L’arrivée de Big Mama a été un peu signal pour tout le monde. Ça marche hyper bien, ils ont une belle terrasse. Par exemple, il y a la marque 1083 qui cherche un local et qui veut s'installer sur la Canebière et pas ailleurs, alors qu'avec leur notoriété ils pourraient aller n'importe où.

Un cabinet d’expertise a été mandaté pour une étude sur les noyaux villageois, en quoi est-ce que ça consiste ?

Pour élargir la zone de préemption, il faut déjà établir un périmètre et le justifier. Il y a 111 noyaux villageois à Marseille. Mais il nous fallait de la connaissance. Quels sont les familles de commerces présents ? L’état des devantures ? Quels sont les gens qui vivent là ? Donc là, le cabinet AID a croisé avec l’Insee. Cela va nous permettre de soumettre les locaux des 1er, 3e, 11e et 15e arrondissements à préemption, après un vote le 24 juin en conseil municipal. Et au fur et à mesure de l’année rentreront les autres arrondissements, et quasiment toute la ville sera sous zone à préemption.