Les Baumettes débordent, les agents bloquent

PRISON Les personnels du centre pénitentiaire menacent de bloquer complètement l'établissement...

Laurent Berneron

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 Des surveillants bloquent l'entrée de la prison des Baumettes à Marseille, le 4 mai 2009.
 Des surveillants bloquent l'entrée de la prison des Baumettes à Marseille, le 4 mai 2009. — Serge PAGANO /REPORTAGES /20 MINUTES

Surpeuplée, sale et vétuste: la situation semble immuable à la prison des Baumettes. A l'appel de tous les syndicats (Ufap-CGT-FO), surveillants et administratifs se sont rassemblés ce lundi devant l'établissement pour réclamer plus de moyens. Objectif: empêcher le transfert des détenus vers d'autres prisons et les extractions judiciaires (audiences devant les tribunaux, reconstitutions…). Le mouvement devrait se poursuivre mardi. S'ils ne sont pas entendus, les syndicats prévoient même de bloquer complètement la prison mercredi et jeudi: les visites des familles, notamment, ne seraient plus possibles.

Une fourmilière

«Dites moi ce qu'il vous fait, je vous dirai comment vous en passer. C'est ça la politique du ministère», ironise David Parmentier, surveillant et militant Ufap. Dix mois après la visite de Rachida Dati aux Baumettes et son annonce d'une rénovation totale à l'horizon 2015, «les travaux ont été arrêtés, sans aucune explication». Or, la prison de Marseille compte aujourd'hui «2.000 détenus pour 1.300 places, une véritable fourmilière» selon le surveillant, qui génère nombre de problèmes. «Imaginez un établissement des années 1930 dans lequel rien n'a jamais été fait... C'est pas normal qu'un type couche par terre quand même! Les toilettes des cellules sont marseillaises, dotés d'un simple robinet d'eau. Sur dix douches collectives, quatre fonctionnent.»

Stigmatisées dans un rapport du Conseil de l'Europe en 2006, les conditions de détention aux Baumettes ont des conséquences directes sur les surveillants. David Parmentier relate des agressions «à l'arme blanche», fourchettes ou couvercles de conserves, de plus en plus fréquentes. L'ambiance a aussi évolué avec la société, selon Patrick Barracano (FO). «Il y a dix ans, les détenus n'étaient pas réfractaires à l'autorité. Aujourd'hui, ils sont plus agressifs, surtout les jeunes.» Les syndicats estiment qu'un renfort de 70 à 80 postes permettrait de décongestionner les Baumettes. Lors de la dernière campagne de mutation, 84 personnes ont souhaité partir, tandis que sept seulement sont arrivées.

Feuille de route La rénovation des Baumettes devait s'opérer en deux temps (construction de neuf, puis destruction de l'ancien) et débuter par le quartier des femmes (132 places). L'ensemble devant être achevé en 2015, pour un coût total de 140 millions d'euros.