La brousse du Rove rêve bêle et bien de l'AOC

Sarah Marengo

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La scène est plutôt insolite. Au milieu des collines verdoyantes du Rove, trois cents chèvres tiennent compagnie à des familles venues pique-niquer. Au menu, la fameuse brousse du Rove, ce fromage de chèvre frais, accommodée ce jour-là par l'équipe de Guillaume Sourrieu, le chef de l'Epuisette, à Marseille. « C'est un produit rare et magnifique, que l'on peut déguster sucré ou salé. On sent bien le travail artisanal, ce goût de rocaille, de chèvre et de colline », note Guy Condroyer, le chef pâtissier du restaurant. Avant eux, Gérald Passédat, Lionel Lévy ou Dominique Frérard ont associé leurs noms prestigieux à cette dégustation annuelle, organisé par l'association La cabro d'or.

« C'est une reconnaissance d'être sur les grandes tables. Mais aujourd'hui, nous devons lutter contre les usurpateurs, qui se servent de la notoriété de la brousse du Rove en faisant n'importe quoi », s'insurge André Gouiran, dont la famille de bergers est installée au Rove depuis 1420. Depuis une dizaine d'années, en effet, les contrefaçons se multiplient sur le marché, avec des brousses de vache ou de brebis, pas toujours de qualité, estampillées « du Rove ».

Pour y faire face, huit chevriers provençaux élevant cette race de chèvre locale, très résistante et aux cornes torsadées, ont décidé, il y a un an, de se regrouper pour obtenir une appellation d'origine contrôlée (AOC). « Des recours en justice seront alors possibles contre un produit intitulé "brousse du Rove" qui ne respecterait pas les conditions de production définies dans le cahier des charges de l'AOC », précise Marianne Etrioux, ingénieur projet à l'Institut national de l'origine et de la qualité d'Hyères. « Notre démarche n'est pas commerciale, puisque notre production est déjà trop limitée pour contenter la demande. C'est plutôt pour nous un moyen de sauvegarder l'image du produit auprès des consommateurs », ajoute Luc Falcot, chevrier à Cuges, qui produit en ce moment une soixantaine de brousses par jour, vendues en quelques heures.

Loin de se replier sur eux-mêmes, les chevriers espèrent même susciter des vocations parmi les jeunes et agrandir leur famille. Si tout va bien, d'ici à trois ans, la plus petite AOC fromagère d'Europe aura vu le jour. W