Une Usine sans papiers

Carole Hoareau

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C'est peut-être la fin d'une des plus vielles papeteries d'Europe. Hier, un millier de personnes a défilé dans les rues de Malaucène, un petit village du Vaucluse de 2 700 âmes, pour s'opposer à la fermeture de « leur usine », spécialisée dans le papier à cigarettes. Depuis l'annonce de la fermeture de la papeterie, jugée non rentable par son propriétaire, le groupe américain Schweitzer-Mauduit, tout le village est mobilisé.

« Cela fait cinq cents ans que l'ensemble de la population vit au rythme de la papeterie », confie le maire, Dominique Boudon (UMP), qui a travaillé pendant douze ans à l'usine. Refusant de voir la papeterie fermer en septembre, les quelques deux cents employés sont déterminés. « On ne veut pas discuter de plan social, car une grosse enveloppe de départ ne nous sortira pas de la précarité. Il faut un plan industriel », martèle Marc Pinci, délégué fédéral de la Filpac-CGT. Convaincus qu'ils pourraient produire autre chose que du papier à cigarettes, les employés cherchent un repreneur. « Nous avons plusieurs pistes, dont les papeteries de luxe Montségur qui pourraient maintenir quarante emplois. Mais rien n'est gagné », poursuit Marc Pinci. En attendant, les employés prévoient de mener des actions « intelligentes », tout en continuant à travailler. « La machine à papier s'est arrêtée début avril, mais les autres ateliers fonctionnent toujours. Nous devons montrer à un éventuel repreneur que les salariés sont attachés au site et à leurs emplois », insiste Frédéric Fouquet, délégué CGT. La direction de l'entreprise était injoignable hier. W