Marseille : Du mieux pour les cyclistes, vraiment ?

COUP DE PEDALE Les premiers résultats du baromètre des villes cyclables laissent poindre de très légères améliorations à Marseille, sans pour autant masquer le retard qui s’accumule en la matière

Mathilde Ceilles
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Un cycliste devant le David à Marseille
Un cycliste devant le David à Marseille — Gérard Julien / AFP

Quelques points verts, sur la copie d’un mauvais élève depuis plusieurs années, qui peine à donner un sérieux coup de pédale dans le développement du vélo. A quelques semaines de la publication officielle du baromètre de la fédération des usagers de la bicyclette (FUB), prévu au mois de février, les premiers résultats de ce classement ont été dévoilés sur les réseaux sociaux et laissent entrevoir des petites améliorations à Marseille, désignée chaque année comme ville la moins cyclable de l’Hexagone.

« Pour la première fois cette année, dans ce baromètre qui repose sur une série de questions destinées à évaluer le ressenti des cyclistes, on a demandé aux cyclistes de dénommer des lieux », détaille Cyril Pimentel, coordinateur du collectif marseillais Vélos en ville et membre du conseil d’administration de la FUB. A partir de ces données, le baromètre a produit une carte : en vert les lieux adaptés aux cyclistes, en rouge ceux qui ne le sont pas du tout.

« Il ne peut y avoir que des améliorations »

Parmi les quelques taches vertes, on retrouve une bonne partie de la Corniche, où une longue piste cyclable a été inaugurée en 2019. « On est passé d’une quatre voies voiture en bord de mer en mode grand prix de Monaco à plus que trois voies, reconnaît Cyril Pimentel. Cette piste cyclable est perfectible mais c’est aujourd’hui l’un des plus belles pistes cyclables de France. » « La Corniche est une voie cyclable bien séparée et sécurisée, abonde Audrey Gatian, adjointe au maire en charge des mobilités. Le principal enseignement de ces premiers résultats est peut-être là : quand on fait des aménagements sécurisés, ça marche ! Et ça n’est pas forcément très coûteux. »

Des aménagements qui demeurent toutefois une exception dans la deuxième ville de France. « Vu l’état à Marseille, il ne peut y avoir que des améliorations, peste Cyril Pimentel. Quoi qu’on fasse, ça ne peut être que mieux ! Il faut garder à l’esprit que le vert à Marseille ne sera jamais pareil que le vert à Strasbourg. » Plusieurs zones du centre-ville sont ainsi critiquées par les cyclistes, à l’image du Prado, du cours Puget, de Baille ou du boulevard Charles-Livron sur le Vieux-Port, tout près de la sortie d’autoroute. « Ce sont des endroits où il y a largement la place de faire quelque chose de bien pour les vélos et où rien n’est fait aujourd’hui », regrette Cyril Pimentel.

Du retard dans la mise en œuvre du plan vélo

Et de noter : « Il n’y a pas beaucoup de couleurs dans les quartiers Nord, parce que pas grand monde aujourd’hui fait du vélo là-bas. Et pour cause : il n’y a absolument rien. Il y a deux bandes cyclables qui se battent en duel, l’une aux Tuileries, l’autre à la Castellane. Si on devait avoir du rouge, c’est bien là-bas ! »

Un constat amer qui tombe alors que le plan vélo de la métropole, voté en 2019 pour une mise en place jusqu’en 2025, arrive à mi-parcours. « On a fait une évaluation de ce plan, et on constate que pas grand-chose n’a été fait, déplore Cyril Pimentel. Puisqu’on est à mi-étape, la moitié des pistes cyclables prévue devrait avoir été réalisée. En réalité, on estime qu’entre 15 et 20 % a été fait. On a pris un retard considérable, qui ne va pas être rattrapé, car aucune étude n’a été lancée. Donc on estime que demain, à terme, entre 20 à 25 % du plan vélo sera véritablement réalisé. »

« Il n’y a pas d’avancée majeure sur la question des aménagements cyclables, regrette Audrey Gatian. Nous avions envoyé il y a un an une série de propositions, et pour l’instant, on n’a pas de retour. Mais dans le transfert de compétences en discussion actuellement dans le cadre de la réforme de la métropole, la mairie pourrait récupérer la compétence voirie. Les choses pourraient donc, peut-être, bouger ! » Contactée, la métropole n’a pas donné suite à nos sollicitations à l’heure où ces lignes sont écrites.