Règlement de compte à Marseille : Mourir pour « un ter-ter à 2.000 dollars »

PROCES Le 23 août 2018, Samir Djellal, 28 ans, membre d’une équipe bien connue de trafiquants, s’effondre en sortant d’un hall d’immeuble d’où il était entré quelques minutes plus tôt. Une balle vient de lui traverser thorax

Alexandre Vella
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A la cour d'assises d'Aix en Provence, le 11 janvier 2022
A la cour d'assises d'Aix en Provence, le 11 janvier 2022 — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • Fahad-Ali Msaidie, 23 ans et Adnane Mroimana, 21 ans, comparaissent actuellement devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence pour le meurtre de Samiir Djellal, 28 ans à l’époque et déjà bien connu des services de police.
  • Fahad a bien reconnu être l’auteur du tir mais invoque la légitime défense car Samir aurait dégainé le premier avant que son arme ne s’enraye.
  • Le procès est programmé sur trois jours et le verdict est attendu pour jeudi.

Que s’est-il précisément passé sur le point stup du hall de cet immeuble de la cité Racati, dans le 3e arrondissement de Marseille, le 23 août 2018 ? Seule certitude : ce jour-là, Samir Djellal, 28 ans à l’époque, connu de la PJ comme un membre « la bande des Carmes »,  une équipe de trafiquants bien identifiée, sort de ce hall dans lequel il est entré quelques minutes plus tôt, et parcourt une quarantaine de mètres avant de s’effondrer. Une balle lui a traversé la poitrine une poignée de secondes auparavant.

Un meurtre pour lequel comparaissent depuis ce mardi devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence, Adnane Mroimana, 21 ans et Fahad-Ali Msaidie, 23 ans, tous deux interpellés un an après les faits et actuellement en détention préventive. Durant l’instruction, ce dernier a fini par reconnaître avoir ouvert le feu, mais soutient qu’il a agi en légitime défense. Son coaccusé est considéré comme complice. Les jurés ont trois jours pour forger leur conviction. Une tâche qui s’annonce ardue tant les éléments matériels sont absents.

« Pas les épaules pour prétendre à gérer un point stup »

Lors de cette première journée d’audience, ce mardi, le tribunal a cherché à savoir si la victime était bien entrée armée pour menacer les accusés, comme ils l’affirment. Car si cette affaire laisse bien songer à un règlement de compte sous fond de  trafic de stupéfiant, l’envergure des prévenus – une mention au casier pour un racket chacun et une détention pour des violences mineures commises pour le tireur – , prête à penser le contraire. « Ils n’avaient pas les épaules pour prétendre à gérer un point stup », a affirmé au tribunal l’enquêteur de la crim' chargé de ce dossier.

Un crime par ailleurs sans arme. Si des témoins, et notamment un ouvrier qui travaillait à proximité immédiate a indiqué « avoir entendu trois détonations », ni douille, ni impact n’ont été relevés sur les lieux. Une arme de type revolver a barillet a bien été saisie dans les parties communes de cet immeuble quelques semaines plus tard, ce révolver « n’est pas celui qui a servi », a conclu l’expert convoqué.

De même, aucune arme n’a été retrouvée sur le corps de la victime. Pourtant les accusés et leurs avocats, maître Frédéric Coffano et maître Jérôme Susini, soutiennent que Samir Djellal a dégainé pour mettre en joue les deux jeunes hommes présents dans le box. Adnane Mroimana aurait alors à son tour sorti une arme que lui aurait pris des mains son collègue Fahad, voyant son compère hésitant. C’est alors que Samir aurait pressé la détente, mais son arme se serait alors enrayée. Et Fahad de faire feu à son tour, touchant mortellement Samir Djellal.

Cette réponse effrayante : et si ce n’était qu’une embrouille qui a dégénéré

Pourtant, dans les heures suivant ce meurtre, la police intercepte une communication dans l’entourage de ce point stup dans laquelle est évoqué un mort « pour un ter-ter (un quartier) à 2.000 dollars » (ce qui est faible comme chiffre d’affaires pour Marseille où certains tournent à plus de 10.000 euros par jour).

Quelles étaient donc les intentions de Samir Djellal, qui connaissait bien ses assassins pour venir du même quartier ? Quels étaient réellement ceux des deux accusés ? Avec, peut-être, cette réponse qui effraie et semble se dessiner : et s’il ne s’agissait que d’une embrouille qui a dégénéré entre deux jeunes qui auraient mal parlé et d’un « grand du quartier » venu leur mettre un coup de pression pour qu’ils restent à leur place ?