Marseille : « Vous allez partir, et nous, on va pleurer »… Des habitants des quartiers Nord en colère après l’incendie mortel dans la cité des Rosiers

REPORTAGE L’incendie qui a tué un enfant de cinq ans et en a blessé grièvement deux autres, aux Rosiers, a provoqué la colère d’habitants désabusés de cette cité délabrée des quartiers Nord de Marseille

Mathilde Ceilles
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La cité des Rosiers dans les quartiers Nord de Marseille
La cité des Rosiers dans les quartiers Nord de Marseille — Nicolas TUCAT / AFP
  • Un enfant de cinq ans est mort et sept personnes, dont plusieurs autres enfants, ont été hospitalisées mercredi matin après l’incendie d’un appartement aux Rosiers, dans les quartiers Nord de Marseille.
  • Une réunion entre élus et habitants a été organisée. Et les habitants ont tous la même volonté : partir au plus vite de cette copropriété privée dégradée et endettée, dans laquelle ils ont peur de vivre.

Un enfant de cinq ans décédé, sept personnes hospitalisées, dont un bébé de deux mois brûlé au troisième degré, une fillette de six ans, un autre enfant, une mère de famille de 25 ans et un couple. Ce mercredi matin, un bilan très lourd est à déplorer après l'incendie qui s’est déclaré, peu avant 8 h, au 9e et avant-dernier étage d’un immeuble de la cité des Rosiers, dans les  quartiers Nord​ de  Marseille.

Une copropriété privée du 14e arrondissement, connue de longue date pour être particulièrement délabrée, endettée et tenue en partie par des marchands de sommeil. Un récent rapport technique faisait état de « désordres relatifs à l’électricité, l’éclairage, les réseaux gaz, plomberie et ascenseurs » sur trois bâtiments de la cité insalubre, poussant la mairie à demander et obtenir des propriétaires la réalisation de travaux d’urgence à la fin du mois de juillet.

« Personne ne vit par plaisir aux Rosiers »

Alors, dans la petite salle du centre social Saint-Gabriel, où une réunion a été organisée à la hâte ce mercredi après-midi, peu après ce drame, la dizaine de mamans, majoritairement des femmes d’origine comoriennes accompagnées d’enfants en bas âge, tiennent à la députée Alexandra Louis et à l’adjoint au maire Ahmed Heddadi le même discours. Terrorisées, désabusées, dépitées, toutes demandent à quitter en urgence cette cité gangrenée par le mal-logement, le trafic de drogue et les règlements de comptes.

« Personne ne vit par plaisir aux Rosiers, s’agace l’une d’elles. J’ai habité aux Rosiers pendant un an et demi. Je suis partie dans le Tarn ensuite, mais je suis revenue à Marseille, car ma maman était malade. Et je n’ai pas trouvé ailleurs. Maintenant, ça fait trois ans que je suis ici, et je suis dégoûtée. Il faut attendre un drame, que des gens soient endeuillés, pour qu’on soit entendu. Parce qu’on n’est pas des cas sociaux, ici. Nous sommes des gens qui travaillent, et malgré ça, on ne trouve pas où se loger. J’ai un T4 moisi et je paie 750 euros par lois. C’est normal, ça ? »

« On ne dort pas tranquille »

« Nous, on ne dort pas tranquille, confie une autre. On a des problèmes de compteur qui sautent tout le temps. Mais on est là, parce qu’on pas le choix. Personne ne voudrait vivre aux Rosiers. On est là temporairement… et puis ça dure des années. Moi, ça fait trois ans. Des drames, il y en aura d’autres. Ça sent mauvais dans les canalisations. Chez moi, il y a de l’humidité de partout, même dans mon lit, même dans mes papiers dans la table à chevet. Aujourd’hui on est là devant vous, mais demain, qu’est-ce qu’il y va se passer ? Sachez que nous, on restera là, avec la peur au ventre. »

« On parle, on parle, on parle, mais nous, ce qu’on veut, c’est partir des Rosiers, martèle une troisième. On veut partir pour la sécurité de nos enfants. Ma fille, quand elle arrive aux Rosiers, elle pleure. Elle me dit qu’il y aura le feu, ou qu’il y aura des voyous ! »

« Les Rosiers, c’est un enfer de béton »

« Le fils de ma voisine, je vois ses yeux », souffle une autre. Cette femme est la voisine de palier de la famille touchée par l’incendie mortel. En entendant sa voisine appeler à l’aide, elle et son mari ont quitté leurs neuf enfants pour se précipiter chez elle et casser la porte, sauvant une partie de la famille des flammes. « Le fils, il était encore chez moi hier soir. Depuis 2010, on est aux Rosiers et c’est la galère. L’électricité saute tout le temps. Ce que je voudrais, c’est qu’au moins, on soit en sécurité, qu’au moins, vous nous aidiez. On vous voit aujourd’hui. Mais après, vous allez partir, et nous on va pleurer. »

« Ce que je sais, c’est que les Rosiers, c’est un enfer de béton », reconnaît elle-même la députée de secteur Alexandra Louis, issue de la majorité présidentielle. Et de rappeler qu’à son initiative se tiendra le 21 janvier prochain devant le tribunal une audience afin de nommer un administrateur provisoire qui pourrait se substituer au syndic défaillant, et régler certaines problématiques d’insalubrité propre au bâtiment.

En attendant, selon nos informations, la famille qui vivait dans l’appartement sinistré va être relogée en appart-hôtel par la ville, mais sa voisine de palier restait ce mercredi soir sans solution alternative et devait donc regagner son immeuble insalubre et dangereux.