La chasse aux papillons ouverte en Provence

Carole Hoareau

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Myrtil, piérides, tircis... Ces noms de papillons, qui ne disent rien au commun des Marseillais, Raphaël, 13 ans, les connaît par coeur. Depuis l'année dernière, il s'est mis à observer les lépidoptères de son jardin du quartier Sainte-Marguerite (9e) à Marseille, avec sa mère, Leticia, traductrice scientifique, et ses frères et soeurs. « Désormais, on ouvre l'oeil quand on est dans le jardin, ou tout simplement quand on prend l'apéro dehors, raconte Leticia. Quand on voit un papillon, on va compléter la fiche que j'ai mise sur le frigo pour que toute la famille puisse participer. »

Si cette activité est ludique, elle est aussi scientifique puisqu'elle s'inscrit dans un programme du Muséum national d'histoire naturelle et de l'association Noé Conservation. Lancé en 2006, « l'Observatoire des papillons de jardin » permet aux particuliers de jouer les scientifiques en herbe en comptant et en identifiant les papillons de leurs jardins, de mars à octobre. En plus de collecter des données précieuses, le but est également de sensibiliser le grand public sur l'impact de la pollution et des changements climatiques sur les papillons, qui sont un bon indicateur de la biodiversité (voir ci-dessous). « Le réseau d'observateurs est un relais essentiel pour les spécialistes des papillons, qui sont trop peu nombreux en France pour pouvoir couvrir tout le territoire », explique Mathilde Renard, chargée du programme « Papillons et Jardin » chez Noé Conservation. Avec plus de deux cents jardins suivis, Paca fait partie des régions les plus engagées dans l'opération.

Parmi ces particuliers qui ont souvent la « fibre écolo », on trouve Daniel, qui est plutôt méticuleux. Dans ses deux classeurs consacrés aux papillons, il a rangé avec soins les photos des différentes espèces de lépidoptères qu'il a pu observer, et à chaque page tournée, il a une anecdote. « Maintenant, j'essaye toujours d'avoir mon appareil numérique sous la main, que ce soit quand je me balade ou quand je vais au travail, je suis frustré de ne pas pouvoir identifier une espèce que je ne connais pas », s'amuse-t-il. Lépidoptériste averti, Pierre-Jean Bernard, qui a créé en 2004 un site Web* pour faire partager sa passion des insectes, est même allé jusqu'à élever ses propres papillons. « Au départ, on pense papillon en général, remarque Alix Cosquer, qui observe les observateurs dans le cadre de sa thèse. Puis très vite, on commence à vouloir tout nommer et classifier ». Souvent passionnés, ces observateurs, même s'ils sont amateurs, sont particulièrement efficaces puisque le taux d'erreur ne serait que de 5 % en moyenne. Depuis le début de l'étude, malgré un nombre de données collectées relativement stable, le nombre de papillons compté a décliné sur l'ensemble du pays. W

* laplanetedesinsectes.net