Sale temps pour l'industrie à Gardanne

Benoît Gilles

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Réunis sous une pluie battante aux portes de l'usine, les salariés de la centrale électrique Snet ont débrayé le 2 avril pour dénoncer « un plan social déguisé ». A l'autre bout de la ville, l'usine Alcan-Péchiney multiplie les jours de chômage technique - un par semaine en moyenne - pour faire face à la baisse mondiale de la demande d'aluminium. A Gardanne, la crise frappe de plein fouet l'outil industriel de l'ex-bassin minier.

Le groupe allemand E.ON, qui a racheté la centrale en 2008, a récemment annoncé l'abandon du projet de construction d'une unité de production d'électricité à partir du gaz, prévu depuis 2005. « La direction nous explique que le prix du projet a augmenté de 50 %. Mais pourquoi ne l'a-t-on pas engagé à la date prévue ? s'insurge Nadir Hadjali, délégué CGT. Pire, ils annoncent l'arrêt d'une unité de production en 2012 et la fermeture du site en 2020 ! » Début avril, les salariés de la centrale ont donc lancé une grève reconductible contre la conséquence de ces choix stratégiques : « Un plan social déguisé qui prévoit le départ de la moitié des salariés. » Aujourd'hui, la centrale étant à l'arrêt en raison de la baisse du prix du kilowatt, le mouvement a été suspendu. Les grévistes ont reçu le soutien des élus communistes, dont le maire, Roger Meï. Ensemble, ils dénoncent « le mutisme de l'Etat », actionnaire à 35 % de la centrale. « En 1999, le gouvernement avait lancé une négociation pour créer les conditions d'une fin apaisée de l'activité minière, fustige Roger Meï. Aujourd'hui, l'Etat reste muet. C'est un déni de parole inacceptable. »

Le 7 avril, le maire et plusieurs élus locaux s'étaient joints à une délégation syndicale pour tenter de rencontrer Nicolas Sarkozy, en meeting dans la ville voisine de Bouc-Bel-Air. En vain. Présent au côté du chef de l'Etat, Richard Mallié, le maire de Bouc-Bel-Air et député UMP de Gardanne, tempère ces mauvaises nouvelles : « E.ON renonce au projet gaz, mais le groupe continue d'investir dans l'outil existant, exploitable jusqu'en 2025. Et peut-être est-il temps de tourner cette page industrielle du XIXe siècle. Mais cela, les élus locaux ne l'ont pas compris. » A Gardanne, les salariés d'E.ON attendent toujours la visite de leur député. ■