Marseille : « La pluie et le mistral sont devenus nos meilleurs amis », des riverains de la Plaine excédés par les nuisances nocturnes

LA VIE DE QUARTIER Depuis la rénovation de la place de la Plaine, les nuisances, notamment sonores et nocturnes, se sont amplifiées, rendant la vie des riverains immédiats « de plus en plus difficile »

Alexandre Vella
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Sur la place de la Plaine, à Marseille
Sur la place de la Plaine, à Marseille — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • Le collectif des Riverains de la Plaine se plaint d’importantes nuisances sonores et nocturnes.
  • Cette place, récemment rénovée, était auparavant un parking.
  • L’apaiser et la rendre vivable pour tous est un enjeu pour la municipalité alors que la métropole, qui avait financé une large part des travaux, hausse le ton.

Un côté pile, un côté face. À Marseille, la place Jean-Jaurès, mieux connue sous le nom de « la Plaine », change de visage la nuit tombée. Côté pile, des espaces de jeux largement investis par les enfants et les familles en journée. À l’image de ce mercredi. « Le parc à jeux est vraiment bien, les enfants s’éclatent », observe Naïma, venue avec ses deux enfants. « Mais on ne parvient pas à tenir cet endroit propre », constate la jeune maman. Son amie Mathilde trouve que « les jeux [sont] respectés, ils ne sont pas dégradés ». Anne-Sophie, elle, craint particulièrement « les bouteilles d’alcool, et le verre cassé ».

« La pluie et le mistral sont devenus nos meilleurs amis »

Côté face, à mesure que la nuit marseillaise avance, l’ambiance change assez radicalement, et, pour les riverains, pas pour le mieux. « Vivre ici est de plus en plus difficile », regrette Nicolas. « Les nuisances sonores sont à des niveaux inacceptables », détaille le père de famille. La chambre de ses enfants donne sur la place. « Et il ne s’agit pas de petites guitares, mais de sonorisation amplifiée, de fanfare. Cet été, c’était du lundi au dimanche. La pluie et le mistral sont devenus nos meilleurs amis », souffle celui qui est un des animateurs des Riverains de la Plaine, collectif informel réunissant une trentaine d’habitants. Un état de fait qui va de pair avec une recrudescence d'agressions et de violences.

Un problème amplifié depuis la rénovation de la place, partiellement livrée au printemps. De nombreux tags sont aussitôt apparus sur le mobilier urbain. « Ce ne sont pas les plus beaux de Marseille », remarque Anne-Sophie. « Avant, c’était un parking, il y avait le quartier de la Plaine, mais pas “la place de la Plaine” », poursuit Nicolas. « Il y a donc tout à inventer. Une cohabitation à mettre en place avec tout le monde, y compris les fêtards qui font partie de la vie du quartier. Il faut du vivre ensemble. Que tout le monde se retrouve, c’est bien, mais ça ne veut pas dire que tout le monde fasse n’importe quoi. »

La métropole rend les coups reçus lors de la grève des éboueurs

Une situation que la métropole dénonce. « Fêtes sauvages, tags, rodéos urbains, dégradations », la métropole s’inquiète de l’avenir de cette place et des conditions de sécurités, alors qu’elle a financé les travaux à hauteur de 18 millions d’euros. « La métropole demande à la ville de Marseille d’agir pour mettre un terme aux dégradations », écrit-elle dans un communiqué. « Que fait la ville de Marseille, elle brille par son absence ! Par son inertie », ajoute Jean-Baptiste Rivoallan, le président du groupe « une volonté pour la Métropole », le groupe majoritaire. Une manière aussi, pour la métropole, de rendre les coups qu’elle a reçus de la part de l’exécutif municipal durant l’épisode de la grève des éboueurs, en septembre.

« Ce n’est pas un problème simple. C’est la seconde plus grande place de Marseille », rappelle Didier Jau, le maire de secteur. Des premières mesures, visiblement insuffisantes, avaient déjà été annoncées en juin dernier. « On travaille en coordination avec la mairie centrale pour multiplier les opérations. Nous avons également mis en place une équipe de médiateurs et on espère organiser très bientôt une réunion avec les riverains. Mais nous avons aussi besoin d’une place finie pour qu’elle soit sécurisable. Il manque encore les piliers rétractables, ce qui permettra également de faire revenir le marché. »

L’hiver venant à grand pas, la place devrait connaître des nuits moins agitées dans les semaines à venir. Le temps de travailler à des solutions, pour « ne pas revivre l’été dernier en 2022, il faut que les choses bougent », lance Nicolas.