Marseille : « Je serai le premier pour la ratonnade »... L'ex président d'un club nautique jugé pour des propos racistes

CORRECTIONNEL L’ancien président du Yachting club de la Pointe-Rouge à Marseille avait scandalisé en appelant, en pleine réunion de la métropole, à la ratonnade

Mathilde Ceilles
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Le tribunal de Marseille
Le tribunal de Marseille — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • Ce vendredi, l’ancien président du Yachting club de la Pointe-Rouge comparaît devant le tribunal correctionnel de Marseille pour des propos racistes tenus en pleine réunion de la métropole.
  • « Mon client est profondément accablé par tout ça et regrette très sincèrement ce qu’il a pu verbaliser, affirme son avocat, Me Jean Boudot. Il a pris du recul sur l’affaire et a pris conscience du caractère inacceptable des propos qu’il a tenus. »
  • La question du caractère public de ces faits sera au cœur d’un débat juridique entre partie civile et défense.

L’affaire revient devant les tribunaux, après avoir agité le monde politique marseillais. Ce vendredi, l’ancien président du Yachting club de la Pointe-Rouge comparaît devant le tribunal correctionnel de Marseille, après des propos virulents et racistes ​tenus lors d’une réunion. 20 Minutes fait le point.

Quels sont les faits ?

Le 22 février dernier, Christian Tommasini, président bénévole du Yachting club de la Pointe-Rouge, au sud de Marseille, assiste à une réunion sur les problèmes rencontrés dans ce port, dont il a en charge la gestion. Cette réunion se tient tout sous l’égide de la métropole d’Aix-Marseille Provence, en présence notamment du vice-président LR de la métropole Didier Réault et de l’adjointe au maire Sophie Roques.

Evoquant le problème des incivilités sur le port de plaisance de la Pointe-Rouge, Christian Tommasini tient des propos racistes et véhéments envers les « Arabes » présents aux abords du site. « Le jour où il faudra s’armer, je serai le premier à aller faire de la ratonnade ! », lance-t-il ainsi. Au cours de cette même réunion, Christian Tommasini se plaint également de voir selon lui, sur le parking du port, « pas un blond, un blanc, un qui est bien comme il faut » mais, au contraire, « que des Arabes ! ».

Marsactu s’est procuré un enregistrement de cette réunion, publié en avril dernier, provoquant la colère. « Les propos tenus par Monsieur Tommasini sont ignobles, abjects et inadmissibles, estime Me Alain Lhote, avocat de la Maison des potes, qui s’est constitué partie civile dans ce dossier. Il y a eu à Marseille, en 1973, des ratonnades. Nous attendons du tribunal une décision ferme et exemplaire. » Ce vendredi, Christian Tommasini devra répondre des faits de provocations publiques à la haine et à la discrimination en raison de la race ainsi qu’injure publique en raison de la race.

Quelle est la ligne de défense de Christian Tommasini ?

Selon nos informations, devant les enquêteurs, Christian Tommasini a expliqué avoir agi ainsi « sur un coup de colère », face à une supposée inaction des pouvoirs publics pour lutter contre les incivilités auxquelles il se disait à l’époque confronté. « Il est vrai que j’ai pu tenir certains propos dans le but d’attirer l’attention des politiques et des personnes de la métropole », présentes lors de cette réunion, explique-t-il aux policiers.

L’ancien président du Yachting club plaide aussi l’ignorance. « Je n’avais pas conscience de ce que voulait dire le mot ratonnade et lorsque je l’ai appris dans un article de La Provence, j’ai été catastrophé et indigné de mes propos. » Christian Tommasini explique également avoir « téléphoné à [ses] amis boulistes qui sont musulmans pour [s]’excuser » des propos qu’il avait pu tenir. Et d’affirmer : « Il faut savoir que j’ai notamment un ami musulman dont je suis très proche avec qui je vais manger dans les restaurants hallal. Il m’est arrivé également de le laisser aller faire sa prière en pleine partie de boules. »

« Mon client est profondément accablé par tout ça et regrette très sincèrement ce qu’il a pu verbaliser, affirme son avocat, Me Jean Boudot. Il a pris du recul sur l’affaire et a pris conscience du caractère inacceptable des propos qu’il a tenus. »

Les faits sont-ils à caractère public ?

Ce sera l’un des points clés de ce procès : les faits ont été révélés par la presse, par le truchement d’un enregistrement transmis par un des participants à une réunion en petit comité, et dont on ignore encore aujourd’hui l’identité. Dès lors, la question du caractère public de ces faits sera au cœur d’un débat juridique entre partie civile et défense. « Le parquet a cédé à la pression politique et médiatique sur cette affaire en renvoyant le dossier devant le tribunal correctionnel, au lieu de qualifier les faits de "privés", ce qui aurait engendré une contravention devant le tribunal de police, estime Me Boudot. Il a voulu donner l’impression que l’affaire était plus grave en la renvoyant devant le tribunal correctionnel, et la possibilité aux associations de pouvoir se constituer partie civile. Mais il y a pour moi une nullité dans la convocation de mon client. »

Un point que conteste l’avocat de la partie civile, Me Lhote. « Lorsqu’il parle de ratonnade, M. Tommasini dit à la personne qui prend des notes de cette réunion : "Notez-bien !". C’est preuve qu’il voulait que ses propos soient publics. Et, de toute manière, l’affaire a été largement relayée dans les médias. » L’audience s’ouvrira à 8h30 devant la onzième chambre.