Marseille : C’est quoi ce rôle de Karine Le Marchand d’« ambassadrice pour l’agriculture et l’écoresponsabilité » à la région ?

CONSEIL REGIONAL Les liens entre l’animatrice de « L’amour est dans le pré » et la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, présidée par Renaud Muselier, sont au cœur d’une controverse

Mathilde Ceilles
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Karine Le Marchand en 2019
Karine Le Marchand en 2019 — Ludovic MARIN / POOL / AFP
  • Sur Instagram, Karine Le Marchand a affirmé avoir été « nommée » ambassadrice pour l’agriculture et l’écoresponsabilité auprès du conseil régional de Paca.
  • L’entourage de Renaud Muselier préfère de son côté parler d’un contrat « d’influenceurs », noué avec l’animatrice de ​L’amour est dans le pré.
  • Ce rôle interroge dans l’opposition, après une vive polémique sur le projet d’octroi d’une subvention publique à l’animatrice pour rénover sa maison.

Quel rôle Karine Le Marchand joue-t-elle précisément au sein du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur ? Quelques jours après avoir annoncé devenir « ambassadrice pour l’agriculture et l’écoresponsabilité », l’animatrice de L’amour est dans le pré se retrouvait au cœur d’une polémique après avoir sollicité une subvention de 117.000 euros pour rénover sa propriété récemment acquise à Aix-en-Provence​. 20 Minutes fait le point.

En quoi le rôle de Karine Le Marchand à la région consiste-t-il ?

Le 5 octobre, sur son compte Instagram, Karine Le Marchand se disait « heureuse et honorée d’annoncer [sa] nomination d’ambassadrice pour la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur pour l’agriculture et l’écoresponsabilité ». Un rôle qui consistait, selon elle, à « pouvoir défendre concrètement l’intérêt des agriculteurs qui [lui] sont chers, proposer des idées et des actions concrètes pour faire avancer la lutte contre le réchauffement climatique ». Et d’affirmer : « Je souhaite agir, il ne s’agit pas d’engagement politique. L’écoresponsabilité est un chemin. Je serai heureuse de le montrer à ceux qui veulent s’y engager, qui ne savent pas comment s’y prendre, et qui ne demandent qu’à apprendre. »

Du côté du conseil régional, le discours est légèrement différent. « Un ambassadeur, c’est comme un influenceur, indique-t-on dans l’entourage de Renaud Muselier, le président (LR) de la région Paca. Karine Le Marchand a beaucoup d’abonnés sur ses comptes Facebook et Instagram. Elle va faire entre guillemets de la publicité sur les dispositifs mis en place par la région en matière d’agriculture et d’écoresponsabilité. »

Et de préciser : « Pour le prochain Salon de l’agriculture par exemple, on va faire une opération avec elle. Elle va relayer les dispositifs qu’on met en place. » Une fonction qui fait, selon cette même source, l’objet d’un « contrat », passé entre Karine Le Marchand et « une agence d’influenceurs » extérieure, le tout pour le compte de la région. « Nous avons signé un contrat avec elle pour 2021, et nous sommes en négociation pour 2022 », précise cette source proche de Renaud Muselier.

Combien ça coûte ?

Interrogé sur le sujet, l’entourage de Renaud Muselier refuse de communiquer le montant exact du contrat : « Au même titre que l’on achète des espaces publicitaires dans la presse quotidienne régionale ou nationale, on met en place des opérations de communication comme celle-ci, et nous n’avons pas coutume de communiquer sur les montants de nos plans médias. » « Je ne vais pas vous dire le montant de ce contrat, abonde Renaud Muselier. Attendez la plénière pour voir ce qu’il va se passer. Je ne vais pas me laisser faire ! »

Dans un communiqué de presse envoyé en fin de semaine dernière, les écologistes, qui s’étaient retirés dans l’entre-deux-tours au profit de Renaud Muselier pour faire barrage au Rassemblement national, disaient espérer « que ce mandat d’ambassadrice est un mandat bénévole et ne fait pas l’objet d’une rémunération ». « C’est étrange de refuser de communiquer ce montant, déplore Nathalie Morand, porte-parole d’EELV en Paca. Près de 40 % de nos lycées sont des passoires énergétiques. En termes de gestion d’argent public, où est la priorité ? » « Globalement, je trouve ça parfaitement inutile, critique Franck Allisio, vice-président du groupe RN au conseil régional. Renaud Muselier a simplement acheté la photo avec la populaire Karine Le Marchand. Il a voulu faire un peu de buzz pour se mettre en avant. Mais je ne pense pas qu’on vende une région comme ça. »

Y a-t-il un lien avec la demande de subventions de l’animatrice ?

Selon une information de Marsactu, le conseil régional devait initialement voter jeudi l’octroi d’une subvention de 117.000 euros au profit de la société de production de Karine Le Marchand, Potiche Prod. L’animatrice avait en effet sollicité la collectivité pour rénover par ce biais sa maison récemment acquise à Aix-en-Provence, dont elle souhaite faire un « démonstrateur pédagogique de rénovation énergétique ». Une demande qu’elle a retirée lundi au vu, selon ses termes, du « bad buzz » suscité par cette histoire.

Interrogée par nos confrères de Marsactu, Karine Le Marchand précise être devenue ambassadrice auprès de la région Paca après avoir « beaucoup parlé » avec les services du conseil régional et « proposé [son] projet ». Pour annoncer ce qu’elle a appelé sa « nomination », le 5 octobre, Karine Le Marchand a d’ailleurs posté sur les réseaux sociaux une photo d’elle au côté de Renaud Muselier, ainsi qu’une photo d’une maison, géolocalisée à Aix-en-Provence.

« Il y a évidemment un lien de cause à effet entre cette histoire de subvention et ce rôle d’ambassadrice, accuse Franck Allisio. Ils ont voulu aider une amie, ce qui entretient une certaine ambiguïté sur les largesses dont peut faire preuve l’exécutif. »

'Elle est venue me voir pour me dire qu’elle hésitait à s’installer entre l’Occitanie, la Normandie ou chez nous, explique à 20 Minutes Renaud Muselier. Elle est venue me présenter son projet de bâtiment durable et voulait savoir s’il y avait des moyens d’être aidée. Je lui ai dit : "faites-le chez nous !" Moi j’essaie d’attirer sans arrêt des gens. Et après, on a parlé de cette histoire d’ambassadrice, et elle m’a dit pourquoi pas ! »

Et de pester : « Et maintenant, je ne sais pas si elle va rester ! Je ne sais pas si le contrat, elle va le casser ! Elle y réfléchit. Elle est pas contente. C’est médiocre de faire partir les gens biens. » Dans la délibération qui devait être initialement votée et que 20 Minutes s’est procurée, Karine Le Marchand, désignée sous son nom de naissance, est d’ailleurs présentée non pas comme « ambassadrice », mais comme « gérante » de la société Potiche Prod.