Marseille : « Les Marseillais ont inventé le stationnement en triple file ! »

STATIONNEMENT ANARCHIQUE Le stationnement anarchique perdure à Marseille, malgré une volonté affichée de l’actuelle municipalité d’éradiquer le problème

Mathilde Ceilles
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Un voiture mal garée envoyée à la fourrière à Marseille.
Un voiture mal garée envoyée à la fourrière à Marseille. — Mathide Ceilles / 20 Minutes
  • La ville de Marseille a organisé ce lundi une opération de lutte contre le stationnement anarchique.
  • Nombre de Marseillais se plaignent de la situation, et accuse la police municipale d’être inefficace.
  • L’adjoint au maire en charge de la sécurité défend au contraire son bilan, et affirme vouloir recruter plus de policiers pour effectuer ces missions.

Une fois n’est pas coutume, on commencera ce papier en citant une anecdote caustique de l’humoriste Haroun, intégrée à un de ses sketchs sur la cité phocéenne, et visionnée près de 5 millions de fois sur YouTube à ce jour. « Un jour que j’étais à Marseille, j’ai dit à un mec qui se garait qu’il ne pouvait pas se mettre là, raconte-t-il. C’était un truc d’urgence pour les pompiers. Il m’a dit : "A Marseille, quand tu cherches une place, c’est une urgence. » Toute personne qui s’est baladée dans la deuxième ville de France n’a, en effet, pu que constater que la notion de stationnement ​illégal ou gênant était toute relative.

Une situation qui a le don d’exaspérer les lecteurs de 20 Minutes. « Vous connaissez le stationnement en double file ?, demande Olivier. Les Marseillais ont inventé le triple file ! Quitte à boucher la rue qui ne comporte que deux voies et parce qu’ils en ont pour une minute seulement… » « J’habite dans le 7e arrondissement, confie Mickaël. Il y a constamment des voitures garées sur les passages piétons, les carrefours, les voies de bus, trottoirs et pistes cyclables. » « J’habite à Marseille depuis 1994, abonde Eric. Il n’y a qu’à voir autour du stade les soirs de match. C’est l’anarchie totale. »

« La police doit organiser des concours de belote »

Des pratiques que même certains de nos lecteurs, interrogés sur le sujet, n’hésitent pas à défendre. « Je crée moi-même des places de parking, sans jamais gêner la circulation ou la visibilité, assure Séverine. Ce qui me rend dingue, c’est plutôt qu’en pleine circulation, la voiture de devant s’arrête, met ses warnings et va chercher sa boisson à l’alim… » « Pouvoir se garer d’une façon anarchique est plutôt une bonne chose, car c’est souvent de façon temporaire, argumente Vincent. Cela m’a rendu plus de service que cela ne m’a gêné. Je pense que pouvoir mettre les warnings pour s’arrêter cinq minutes ne devrait pas être remis en cause dans la limite où on laisse la place pour d’autres voitures, vélos ou trottinettes. »

Une situation devenue habituelle, en raison, selon nombre de nos lecteurs, d’un certain laisser-faire. Beaucoup d’entre eux estiment, en effet, que le travail de la police municipale en la matière est insuffisant, voire inexistant. « Le boulevard Bompard, prévu pour être à double sens, est réduit à une seule voie, peste Romain. Le trottoir est réservé par les conducteurs. Les parents conduisant leurs enfants sont obligés de passer sur la chaussée avec enfants et poussettes en plein virage. Pendant ce temps-là, la police municipale doit sans doute organiser des tournois de belote… »

« Incivisme + impunité = bazar total »

« Je suis commerçante, place aux Huiles, se présente Béatrice. La rangée de stationnement de livraison est occupée en permanence par des voitures. Je n’ai jamais vu un policier municipal. Leur numéro de téléphone sonne occupé ou on vous raccroche au nez… » « Incivisme + impunité = bazar total », tacle Eric.

« Depuis le début de l’année, la police municipale a effectué 16.000 mises en fourrière, soit une hausse de 15 % par rapport à 2019 », se défend Yannick Ohanessian. L’adjoint au maire en charge de la sécurité avait convoqué la presse à une opération de contrôle du stationnement gênant dans le centre-ville. L’occasion de répondre, notamment, aux accusations d’inaction.

« Nous privilégions la pédagogie »

« La priorité de cette municipalité est de traiter ce fléau dans cette ville, affirme Yannick Ohanessian. Il faut sortir de cette culture de l’impunité, afin que chacun comprenne qu’il y a des règles. Nous allons nous attaquer en priorité aux stationnements gênants sur les pistes cyclables. » « Actuellement, trois scootéristes et quatre personnes de l’unité enlèvement travaillent spécifiquement sur ces questions, précise Stéphane, responsable de l’unité scootériste de la police municipale. Nous avons des équipes dédiées qui patrouillent la ville le matin et l’après-midi dans l’hypercentre. Mais nous privilégions la pédagogie. Sur huit voitures verbalisées sur dix, les personnes viennent dans la minute à leur voiture, en disant qu’ils en avaient pour deux minutes. »

« Nous travaillons par ailleurs à une hausse des effectifs de police municipale, de sorte qu’il y ait un îlotage dans chaque arrondissement, annonce Yannick Ohanessian. Et les policiers municipaux devront se consacrer particulièrement à ces questions de stationnement gênant. » Actuellement, 480 policiers municipaux travaillent à Marseille. Le Printemps marseillais a promis de doubler les effectifs d’ici la fin du mandat.