Né d'un tragique incendie

Benoît Gilles

— 

Avec Paris, Marseille est la seule ville de France à confier sa sécurité à des militaires. Marseille doit cette exception à un douloureux événement : l'incendie des Nouvelles Galeries, en 1938. Quand le feu éclate dans ce grand magasin de la Canebière, la sécurité incendie est assurée par un service municipal. Très vite, ses hommes sont dépassés par l'ampleur du sinistre. « Le mistral était très fort, et cet établissement n'était absolument pas conçu pour résister au feu, explique Thierry Delorme, enseigne de vaisseau au bataillon des marins-pompiers. Le vaste escalier central était en bois. Aucune cloison n'empêchait la propagation des fumées et des flammes. »

Rien n'arrête les flammes. Le préfet décide de faire appel aux marins-pompiers de Toulon. « Face au feu, ils s'illustrent en réussissant à déployer leur échelle, précise l'historien Pierre Echinard. Mais l'incendie fait tout de même 73 victimes. » Présent à Marseille pour un congrès, Daladier, le chef du gouvernement, assiste au sinistre. L'année suivante, il destitue le maire et confie la sécurité incendie de la ville aux marins-pompiers. Soixante-dix ans après, l'exception perdure. « Marseille est aussi une ville exceptionnelle : 25 000 ha de superficie, 50 km de côtes, affirme José Allegrini, l'adjoint en charge du bataillon. Elle vaut bien 2 500 marins performants. » ■