Marseille : « Dormir sur un lit de camp, ça me rappellera l’armée », les naufragés des intempéries racontent cette journée de l'enfer

EVACUATIONS Les pluies diluviennes ont contraint à l’évacuation des habitants qui ont été hébergés dans des gymnases de la ville

Alexandre Vella
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Des habitants de Marseille devant chez eux après les intempéries
Des habitants de Marseille devant chez eux après les intempéries — Alexandre VELLA / 20 Minutes
  • A Marseille d’importantes pluies se sont déversées sur la ville.
  • Craignant des inondations, notamment une crue de l’Huveaune, des habitants riverains de la rivière, ont été évacués vers des gymnases.
  • Les évacués s’y préparaient à y passer la nuit, faisant contre mauvaise fortune bon cœur.

A l’entrée du gymnase de Pont de Vivaux, des habitants évacués de La Gardanne, un quartier de Marseille bordé par l’Huveaune, font, face aux intempéries, contre mauvaise fortune bon cœur. « Je vais dormir sur un lit de camp, ça me rappellera l’armée », sourit un naufragé en âge de se déplacer avec une canne et d’avoir combattu en Algérie. Cigarillo aux lèvres, abrité par le maigre rebord du toit, il observe la pluie qui tombe alors à petites gouttes. « Vé, il ne pleut presque pas. Ce soir je dors dans mon lit ! », lui lance une voisine. « Arrête-toi, ils ne te laisseront pas partir », lui répond l’homme à la canne dans un sourire.

« La police est venue nous chercher »

La trentaine de personnes accueillie par la mairie dans ce gymnase se connaissent tous, ou presque. Ils partagent le même quartier depuis plusieurs années. En début d’après-midi, 123 personnes avaient été mises à l’abri, a annoncé la mairie. Des évacuations contraintes qui ne satisfont pas les habitants. « On nous a obligés à partir, la police est venue nous chercher en fin de matinée », peste Ginette*, une jeune dame d’environ 70 ans, partie avec son « matou ». « On nous a dit, on vous protège, on ne vous évacue pas », rigole-t-elle avec ses copines. Une mesure de prévention dictée par les violents phénomènes météorologiques en cours, alors que la ville de Marseille a connu sa première alerte rouge orage- inondation.

Peu après cette conversation, aux alentours de 16h30 un nouveau rideau de pluie, bref mais intense, s’est abattu sur la ville. L’essentiel des évacuations dirigées dans ce gymnase l’ont été autour de midi, mais certaines se poursuivaient dans l’après-midi. Comme Fabrice et Hugo, deux frères, d’environ 20 et 30 ans. « C’est un film cette journée, j’en peux plus », s’exclame Fabrice en arrivant avec son chien.

« Rien à voir avec les inondations de 1978 »

En fin d’après-midi, les naufragés attendaient les consignes et espérés tous être autorisés à regagner leur domicile avant la nuit. Pour les plus anciens, l’épisode n’a rien à voir avec les inondations de 1978, et des travaux d’aménagement ont été réalisés depuis. « On se déplaçait dans la cité en barque », se souvient Elie, 85 ans. Richard, son beau-fils, s’est tout de même préparé : « On a monté les chaises sur les tables, on a pris notre chien et nos trois chats, et on est partis », raconte-t-il, simplement.

En fin d’après-midi, Marseille semblait être passée entre les gouttes d’un second épisode orageux et Météo France, prévoyait de descendre progressivement ses niveaux d’alertes dans la nuit alors que l’inquiétude se portait sur le Var. A 18 heures, les évacués se préparaient à passer la nuit dans le gymnase, à moins que d'ici la nuit, la mairie ne les autorisent à rentrer chez eux. Auquel cas, notre militaire n'aura pas à dormir sur son lit de camp.

*Prénom d’emprunt