Bouches-du-Rhône : Dans l'Ouest marseillais, les chèvres de la discorde

ANIMAUX Un demi-millier de chèvres divaguent en toute liberté dans le massif de la Nerfthe et sèment la pagaille dans les cultures, lorsqu’elles n’errent pas dans les parages de l’autoroute

Alexandre Vella
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Une chèvre. Illustration.
Une chèvre. Illustration. — Manfred Richter
  • Plus d’un demi-millier de chèvres, échappées de divers troupeaux, errent et prolifèrent en toute liberté dans un massif de l’ouest de Marseille.
  • Les troupeaux « sauvages » sont devenus si conséquents qu’ils occasionnent de gros dégâts aux exploitations agricoles lorsqu’ils n’errent pas dans les parages de l’autoroute.
  • Des actions de régulations sont en cours, semant la discorde entre association et municipalité.

Automobilistes et promeneurs ont déjà pu les apercevoir divagantes dans le massif de la Nerthe, dans l’Ouest marseillais. Plus d’un demi-millier de chèvres, échappées de divers troupeaux, notamment de production de fromage, y errent en toute liberté. Mais voilà, entre la soixantaine de chèvres recensées en 2011 et le troupeau actuel, les sympathiques animaux se sont attirés des ennemis et divisent à présent, à commencer par le maire de Châteauneuf-les-Martigues.

« C’est un problème de sécurité publique », estime Roland Mauren, élu depuis 2014 à la tête de cette commune de près de 20.000 habitants. « Les chèvres sont considérées comme des animaux domestiques divagants et en cas d’accident, le maire est juridiquement responsable », avance Roland Mauren. Car voilà, régulièrement des chèvres paissent en bord des routes, et notamment de l’autoroute 55.

« Les nouveaux plants de vignes, ils sont tous perdus »

« Je vis à Marseille et travaille à la coopérative viticole de Saint Julien, je les ai tous les jours sur la 2×2 voies (l'A55). A un moment donné, il y a un motard qui va s’en payer une », redoute Brice Lalanne. Toutefois, aucun « accident corporel grave n’a été remonté » jusqu’à présent, renseignent les pompiers des Bouches-du-Rhône.

Les dégâts, pour les vignerons de la coopérative viticole de Saint-Julien, sont bien visibles. « Les nouveaux plants de vignes, ils sont tous perdus », souffle Brice. Pour les 200 hectares de la coopérative, l’heure est à l’évaluation des dégâts en ce temps de vendanges. « On a une réunion lundi pour faire le bilan. Les chèvres ne s’attaquent pas aux fruits mais aux feuilles, interrompant la photosynthèse. Et quand 80 débarquent dans une parcelle, il reste trois pieds de vigne à qui il reste des feuilles ».

L’histoire rend chèvre les uns comme les autres

Alors, les autorités tentent de saisir le bouc par les cornes, pour faire diminuer la population « dans le respect des animaux », assure Roland Mauren. Des parcs ont été installés pour les attirer, les stériliser et en capturer certaines pour les remettre à des éleveurs volontaires. Près de 250 ont ainsi été sorties du massif en 2020. Mais elles sont encore trop nombreuses.

L’association « Nos chèvres de notre colline », créée en 2016 et soutenue par la fondation Brigitte Bardot, poursuit ce même objectif de contrôle de la population caprine et leur éloignement des cultures et des axes routiers. Mais le torchon brûle avec la municipalité depuis qu’ils ont refusé cet été de leur remettre des animaux qu’ils avaient capturés dans leur propre enclos. Depuis, accusations et démentis pleuvent sur les actes des uns et des autres. La mairie assoifferait les troupeaux, et l’association ne poursuivrait pas assez efficacement son objectif de contrôle des populations, via des adoptions. L’histoire rend chèvre les uns comme les autres, et cela n’est pas fini.