Mort de Bouteflika : « Au début je l'admirais, mais il a merdé », la diaspora algérienne de Marseille entre respect, rancœur et indifférence

RÉACTIONS Quoique certains défendaient à demi-mot le bilan de l’ex-président président (1999-2020) algérien, la diaspora algérienne de Marseille juge sévèrement son bilan

Alexandre Vella
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Abdelaziz Bouteflika laisse un souvenir amer aux Marseillais d'origine algérienne
Abdelaziz Bouteflika laisse un souvenir amer aux Marseillais d'origine algérienne — Fayez Nureldine / AFP
  • Abdelaziz Bouteflika, ex-président algérien est décédé ce vendredi.
  • Il avait occupé cette fonction pendant 20 ans, avant d’être chassé du pouvoir en 2019 alors qu’il était grandement diminué physiquement après son AVC de 2013 et n’apparaissait presque plus en public.
  • A Marseille, la diaspora algérienne à l’heure du bilan évoque surtout un immense gâchis, entre rancœur et indifférence.

« Qu’il repose en paix, il est mort c’est tout ». Laconique, la réaction de Zied, arrivé en France en 1952, illustre le sentiment ambiant des Marseillais d’origine algérienne après l’annonce du  décès de l’ex-président algérien  Abdelaziz Bouteflika. Des réactions teintées d’indifférences pour un passé que tous voudraient voir révolu. Mais lorsqu’il est question du bilan politique de l’ancien président contraint à la démission en 2019 par l'armée après de nombreuses manifestations, les opinions se font plus consistantes.

« C’est une partie de l’histoire qui s’en va, quand même ça fait mal »

A l’heure du café dominical, dans le quartier populaire de Noailles, en terrasse avec Zied, Bouzid Chaabane, un ouvrier de 53 ans, dédouane en partie le défunt aux cinq mandats présidentiels entachés par la corruption, le détournement et l'enrichissement personnel. « C’est une partie de l’histoire qui s’en va, quand même ça fait mal ». Lui en veut surtout « à l’entourage » de l’ancien président, grandement diminué depuis son accident cardiovasculaire en 2013. « Ce n’est pas lui qui a demandé à faire un cinquième mandat », le défend-il. « C’est son clan ».

Au salon de thé voisin, Abou Gigel, arrivé en France il y a dix ans, est plus sévère avec celui-ci. « C’est lui qui a détruit  l’Algérie », lâche ce travailleur du bâtiment âgé de 45 ans, décrivant un pays ankylosé par une classe politique plus prompte à servir leurs intérêts personnels que celui des citoyens. « Et le nouveau gouvernement c’est pareil. C’est l’armée qui tient le pays, le personnel politique change, mais pas le régime », regrette-t-il, regardant d’un œil la chaîne d’infos en continu algérienne qui tourne dans le café. L’événement du décès y est sobrement mentionné, ce qui agace tout de même un peu « tonton », le chibani du café. « Les jeunes doivent savoir qui il était ».

« Avec tout l’argent du pétrole, il y avait de quoi faire 10 pays comme le Qatar »

Un peu plus bas dans le quartier, Edinne, un commerçant de 65 ans, rembobine. « Au début je l’admirais, mais il a merdé dans ses 4e et 5e mandats et avec son clan il s’en est mis plein les poches, laissant le peuple livré à lui-même et mettant le pays à terre. Pourtant, avec tout l’argent du pétrole, il y avait de quoi faire 10 pays comme le Qatar », exagère-t-il. Imane, attablé avec lui, donne le change. « Il a quand même mis fin à la guerre civile, construit des autoroutes, c’est le seul qui a fait des choses pour le pays », oppose-t-il.

« Si Bouteflika s’était retiré à la fin du 3e mandat, il serait célébré comme un héros »

« Si Bouteflika s’était retiré à la fin du 3e mandat, il serait célébré comme un héros », considère Edinne. Au lieu de ça, l’Algérie observe un deuil discret, avec la mise en berne des drapeaux pendant trois jours et une inhumation au carré des martyrs du cimetière d’El Alia d’Alger. Des obsèques loin des hommages nationaux de ses prédécesseurs.