Marseille : « Les trottinettes électriques circuleront jour et nuit à partir du 23 octobre »

INTERVIEW Dans une interview accordée à « 20 Minutes », Audrey Gatian, adjointe au maire de Marseille en charge de la mobilité, revient sur l’avenir des trottinettes électriques, mais aussi la piétonnisation du Vieux-Port ou encore les annonces d’Emmanuel Macron

Propos recueillis par Mathilde Ceilles
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Audrey Gatian est adjointe en charge de la mobilité à la mairie de Marseille.
Audrey Gatian est adjointe en charge de la mobilité à la mairie de Marseille. — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • A partir du 23 octobre, les trottinettes électriques à Marseille circuleront jour et nuit, sur un périmètre attendu, annonce Audrey Gatian.
  • L’adjointe au maire de Marseille en charge des mobilités affirme par ailleurs qu’un Vieux-Port piéton toute l’année n’est plus à l’ordre du jour.

La ville de Marseille ramasse les copies trottinettes électriques cette semaine. En effet, les candidats au nouvel appel à manifestation d’intérêt pour leur exploitation doivent rendre leur dossier. L’adjointe au maire ​en charge des mobilités Audrey Gatian détaille pour 20 Minutes les règles d’usage qui vont changer pour les trottinettes électriques. Elle revient sur la piétonnisation estivale du Vieux-Port et les sujets d’actualité en matière de transports.

Aujourd’hui, à Marseille, les trottinettes électriques sont indisponibles la nuit. Les choses vont-elles changer avec ce nouvel appel à manifestation d’intérêt qui entre en vigueur le 23 octobre ?

Oui, l’objectif est que les trottinettes puissent rester accessibles jour et nuit, sans limite d’horaire comme on avait actuellement. L’idée était qu’on n’ait plus cette contrainte de les réenlever, comme dans la précédente convention, pour être repositionnées le matin. C’était plus ou moins bien organisé et facile à faire. Cela occasionnait aussi pas mal de trafic. On a de plus des trottinettes qui évoluent, avec des batteries interchangeables. C’était le cas dans toutes les autres villes sauf chez nous. On sait qu’on a des transports en commun qui s’arrêtent assez tôt en soirée. Après, clairement, les trottinettes ne remplacent pas les métros ou les tramways. Mais on offre une solution qui peut compléter.

Votre prédécesseur avait écarté cette possibilité par crainte des troubles et d’insécurité…

Je ne pense pas qu’on prenne un risque. La technologie a évolué. On est sur des engins plus stables, plus sécurisés, avec des phares. Il y a des sociétés qui ont des mécanismes pour tester si la personne est apte à utiliser les trottinettes le soir, à travers des phénomènes d’alcoolisation, comme des jeux de logique. De manière générale, dans ce nouvel appel à manifestation d’intérêt, on a beaucoup mis l’accent sur la sécurité, pour tout le monde. On demande donc aux opérateurs de brider les trottinettes à 10 km/h sur les zones piétonnes, comme la Canebière ou lors de piétonnisations éphémères à des dates précises, comme sur la Corniche. On a mis aussi des zones de parking pour qu’on ait plus de trottinettes abandonnées au milieu des trottoirs.

Le périmètre va-t-il être également revu ?

On souhaite que ce soit quelque chose de plus grand, effectivement. On a fait des lots de quartier de secteur avec un nombre déterminé de trottinettes, de sorte à inciter les opérateurs à mieux répartir l’offre sur le territoire, et pas uniquement dans l’hypercentre, ce qui est un peu le cas actuellement. Pourquoi pas mettre des trottinettes dans les quartiers Nord, près de la station Gèze ?

Combien d’opérateurs ont-ils répondus ? Lime, qui avait été sévèrement critiqué et écarté par votre prédécesseur, peut-il faire son retour ?

Là, on rebat les cartes. Il y a eu neuf candidatures. L’analyse des offres est encore en cours. On gardera les trois meilleures offres et le 23 octobre, les trois candidats retenus déploieront leurs trottinettes. Je pense que Lime a candidaté. Je ne les vois pas ne pas le faire. Marseille les intéresse. Je sais qu’ils étaient conscients de leurs erreurs lorsqu’ils étaient arrivés dans la première expérimentation. On parle encore des trottinettes Lime retrouvées dans le Vieux-Port alors que ça date d’il y a plusieurs années. On a aussi changé de conception. On a des trottinettes plus lourdes, entre 25 et 30 kg. Les premiers modèles faisaient 7 kg. Ce n’est pas du tout pareil à soulever ! D’ailleurs, dans nos critères, on souhaite que le repêchage soit le plus rapidement possible pour limiter la pollution marine. On souhaite aussi que les batteries aient un système d’étanchéité.

Quel bilan tirez-vous de la desserte des plages cet été ?

On a été assez content de cet été. Après ; on n’a pas réussi à mettre en place pour cet été-là un parking-relais éphémère. On a été pris par le temps car il est très compliqué de trouver du foncier disponible. Mais ça fait partie de nos objectifs. On a par exemple la zone au bout du boulevard Mireille-Jourdan-Barry. Il y a un rond-point qui devait arriver au bout du boulevard urbain sud, mais puisqu’on n’en veut pas, il y a tout un terrain vague derrière qui pourrait accueillir un parking-relais près de la Pointe-Rouge. Il faut ensuite bien sûr voir avec la métropole.

Une nouvelle piétonnisation de la Corniche aura lieu le 24 octobre. Que répondez-vous aux riverains qui se disent « prisonniers de ne pas pouvoir utiliser la voiture » lors de ces opérations ?

Honnêtement, personne n’a été emprisonnée chez lui. Ensuite, clairement, on a beaucoup de courriers de riverains qui sont satisfaits. Ce sont les premiers à profiter du calme ! Beaucoup nous demandent même de faire ça tous les dimanches. J’ai vu l’article de La Provence qui disait qu’on privait les gens d’aller au centre commercial de Plan-de-Campagne le dimanche. Je pense qu’il y a tellement de choses à faire un dimanche… Trois dimanches par mois, quand on est riverain, on peut aller à Plan-de-Campagne ! Je pense qu’on ne soit pas sur une restriction de libertés très importante.

Expérimentée cet été, la piétonnisation du Vieux-Port, quelque peu critiquée, va-t-elle être pérennisée ?

On doit faire un retour. On a fait passer un questionnaire aux riverains qui est en train d’être dépouillé. On leur a demandé leur ressenti et les améliorations à apporter. Le projet de départ était de pérenniser toute l’année. Je ne crois pas qu’on le fasse dans les mois qui viennent. Il y aura peut-être de nouveaux tests qui seront faits avant une pérennisation globale, en prenant en compte le retour des riverains. Rien n’est acté. Tout est ouvert. On n’a pas de calendrier sur ce sujet-là.

Où en est le travail sur les transports en commun après les récentes annonces d’Emmanuel Macron sur le sujet ?

Le Président a annoncé la création d’un groupement d’intérêt public (GIP) qui va réunir l’Etat, la métropole, la ville, et peut-être même la région dans le cadre de la création d’un RER métropolitain. L’objectif est d’avoir tous les acteurs du territoire autour de la table et d’œuvrer ensemble. Clairement, ce GIP peut changer la donne et faire avancer le développement des transports en commun. On change de niveau et d’ambition. Pour les aménagements lourds, si l’Etat est partie prenante, ça change tout. Mais pour l’instant, rien n’est gravé dans le marbre. Rien n’est prédéfini et on n’a pas de calendrier. C’est à l’Etat de nous dire.