Marseille : Une capitale européenne de la mer où la moitié des enfants ne savent pas nager ?

LE GRAND BAIN Faute d’infrastructures, les enfants accusent un grave retard dans l’apprentissage de la nage, alors que des associations poussent pour faire de Marseille la première Capitale européenne de la mer, et résorber ce déficit

Alexandre Vella
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Dimanche de baignade avec une météo idéale sur la plage des catalans à Marseille. Des maitres nageurs sauveteurs de la ville de Marseille
Dimanche de baignade avec une météo idéale sur la plage des catalans à Marseille. Des maitres nageurs sauveteurs de la ville de Marseille — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • « 40 à 50 % des enfants ne savent pas nager à la fin du CM2 », selon une enquête menée par la mairie de Marseille. Or, dans une étude menée par le ministère des Sports en 2019, 88 % des enfants de CM2 disent « savoir très bien ou assez bien nager ».
  • Des associations militent pour faire de la ville, la première capitale européenne de la mer, sur le modèle du programme capitale de la culture, en 2024, année où Marseille accueillera les épreuves olympiques de voile.

Seule métropole française de bord de mer, Marseille et ses 57 kilomètres de littoral est l’une des villes avec le plus faible taux d’enfants sachant nager à leur entrée en sixième. « 40 à 50 % des enfants ne savent pas nager à la fin du CM2 », avance Sébastien Jibrayel, adjoint de Benoît Payan en charge des sports, selon une enquête que la municipalité a menée. Une moyenne parmi les 77.000 enfants de la ville scolarisés en primaire qui cache bien évidemment des écarts entre les quartiers, les plus pauvres concentrant le plus d’enfants ne sachant pas nager. Comparativement, dans une étude menée par le ministère des Sports et publiée en 2019, 88 % des enfants de CM2 interrogés déclaraient « savoir très bien ou assez bien nager ».

Le retard marseillais s’explique par un déficit d'infrastructures. La ville compte 14 piscines municipales, offrant de la sorte une superficie moyenne de nage de 4 m2 pour 1.000 habitants. « Une ville comme Montpellier offre 18 m2 pour 1.000 habitants, et Paris près de 40 », détaille Anne Vial, présidente de la Ligue Paca de natation et adjointe aux sports de la mairie du 4-5. En conséquence, les écoliers marseillais bénéficient d’un seul cycle de natation, au cours de leur CE2, au lieu des trois prévus par l’éducation nationale. « Il y a un problème. On est clairement dans un enjeu de santé public », poursuit Anne Vial.

Marseille première capitale européenne de la mer ?

Et pour cause, « la noyade est la première cause de mortalité par accident domestique chez les moins de 25 ans », rappelle Marie-Dominique Champloy, présidente d'Un pas vers la mer. Fort de ce constat l’association a mis en œuvre rapidement une opération estivale où une centaine d’enfants auront des cours de natation dispensés au Cercle des nageurs. « Nous avons communiqué auprès des Maisons pour tous, et reçu plus de 150 demandes en deux jours, c’est allé très très vite », rembobine Laurent Chaukroun, président de l’association Synergie Family, partenaire de cette opération. Le projet, soutenu par la CMA-CGM et Engie, s’est en effet monté en trois petites semaines.

Par-delà l’ambition de résorber ce déficit d’apprentissage de la nage, ces associations soutenues par ces fondations privées nourrissent une autre plus profonde : celle de faire de Marseille la première capitale européenne de la mer. « La ville accueillera les épreuves de voiles des Jeux olympiques de 2024, et près de la moitié des enfants marseillais ne peuvent pas profiter de la mer », comprend Marie-Dominique Champloy. L’idée est de faire de cette année de JO, la première où l’Europe se doterait d’une capitale de la mer, sur le modèle du programme capitale de la culture. « Rodolphe Saadé, le pédégé de la CMA-CGM, a écrit à Emmanuel Macron pour qu’il œuvre à cela lorsque la France récupérera la présidence de l’Union européenne, début 2022 », assure-t-elle.

Des bassins en mer, les prochains étés ?

Une telle éventualité, qui pourrait faire tomber de l’argent frais dans les caisses de la ville, reste néanmoins pour l’heure bien hypothétique. Et la municipalité n’a pas attendu cette initiative pour se lancer dans le bain de la lutte pour l’apprentissage de la natation. « Une priorité » pour Sébastien Jibrayel, qui « soutien[t] cette initiative de Marseille capitale de la mer », et tient tout de même à souligner les efforts de sa majorité. « La tâche est colossale », admet l’adjoint aux sports et « nous ne pouvons pas passer notre temps à critiquer ce que ne faisaient pas nos prédécesseurs. Nous voulons rouvrir au plus vite la piscine nord et nous avons mis à disposition huit piscines municipales tout l’été pour le dispositif J'apprends à nager », souligne-t-il. Ainsi, ce sont de 1.500 à 1.700 jeunes marseillais qui pourront faire leurs premières brasses pendant ces vacances.

Il faudrait également construire de nouvelles piscines, mais le foncier se fait rare et les coûts sont élevés. Il faut compter 3 à 4 millions d’euros pour une piscine contre 1 million d’euros pour une pelouse synthétique. Dans cette perspective, le déploiement de bassins de nage en mer, au moins l’été, permettrait d’accroître la surface dédiée à l’apprentissage de la nage. Mais cela n’a pas pu se faire pour cette année.