Mondial de pétanque : Un Roland-Garros marseillais, le peuple en plus ?

TU TIRES OU TU POINTES !? Silence lorsqu’un joueur tire ou pointe, encouragement isolé entre deux lancés, applaudissements après un beau point, en tribune, peut-on comparer le mondial de pétanque et Roland-Garros ?

Alexandre Vella
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Finale enfant du mondial de pétanque
Finale enfant du mondial de pétanque — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • Le mondial de pétanque La Marseillaise, se dispute jusqu’au 7 juillet à Marseille, dans le parc Borély.
  • L’événement réunit 11.500 joueurs, 20 nationalités et près de 90.000 spectateurs sur place auxquels il faut ajouter les téléspectateurs.
  • Le public de connaisseur, peut parfois faire penser à une ambiance Roland-Garros, le côté populaire en plus.

Peut-on dire du mondial de pétanque La Marseillaise qu’il est un Roland-Garros marseillais ? Je vous avoue, j’étais un peu inquiet à l’idée de demander à des Marseillais leur point de vue comparé à un événement parisien. Mais après tout, il pleuvait depuis ce matin, un vrai temps de parisien. Et quitte à prendre des risques, j’ai d’abord demandé à Christophe, son mètre 90 et sa carrure de déménageur.

« Ô ! Mais la pluie t’a rincé le cerveau ou bien ? », a-t-il d’abord réagi. « Les boules, s’est ouvert à tout le monde, Roland-Garros, non », argumente-t-il. Il est vrai que l’entrée est gratuite pour les quelque 90.000 spectateurs attendus durant les qiuatre jours de compétition. Tentant de défendre mon point de vue, il finit toutefois par convenir : « Tu as le même respect du joueur. Tu ne parles pas quand il joue et le temps s’arrête au moment où le pointeur ou le tireur lance ». Les quelques incidents de l’an dernier copieusement colportés ne semblent pas le faire mentir.

Le « joueur du siècle » échoue dès la première journée

Car pour illustrer son propos, s’est massée derrière lui une foule d’une centaine de personne, formant « une galerie » autour de la partie (ne dites pas match) que dispute l’équipe de Christian Fazzino, monument de ce sport, sacré « joueur du XXe siècle » par la fédération internationale de pétanque. Le mondial de pétanque à ceci de particulier que lors des premiers tours, stars comme anonymes peuvent se retrouver à jouer dans les innombrables terrains tracés dans les allées du parc Borély ou sur l’hippodrome attenant.

« Allez Papa ! », lance un homme qui n’est pas du tout de sa famille au milieu du silence. Fazzino enroule cochonnet sur sa dernière boule. L’équipe adverse, qui mène 12 à 6 a encore deux boules pour finir. Le premier tire, raté, arrache un « Ohhh », à la foule. Son second fait mouche et élève des clameurs. Le champion, peu à l’aise sur ces terrains irréguliers et avec la proximité de la foule, est vaincu dès le premier jour. « Ce n’est pas les Masters de pétanque ici, c’est Marseille ! », chambre un spectateur. Le joueur du siècle, rarement présent lors du mondial de La Marseillaise, donne tout de même quelques selfies à ses admirateurs avant de s’en aller.

« Ça prouve que les boules n’ont rien à envier au tennis »

Dans les tribunes éparses du terrain d’honneur, se déroule ce dimanche après-midi la finale enfant du mondial. Retransmis en direct à la télé, l’événement a tous les codes du grand moment de sport. Dans les gradins, les chapeaux de paille sont de sortie alors que le soleil est revenu. Mais ne cherchez par les chapeaux Dior et Gucci. Ici, ils sont à la gloire d’une marque de rhum ou d’une banque partenaire de l’événement, qui n’est d’ailleurs pas celle qui parraine Roland-Garros.

La partie entre les jeunes champions est très disputée. Un « Ohhh » s’élève des tribunes alors qu’un des jeunes tireurs vient de faire « une casquette », souffle un spectateur, c’est-à-dire lorsque la boule tirée rebondit juste devant sa cible et saute par-dessus, l’effleurant insuffisamment. Les encouragements fusent à intervalles réguliers, lorsqu’un joueur s’avance pour lancer. Les applaudissements retentissent à chaque point. Le public est connaisseur, la pétanque ici, est une affaire sérieuse.

Pour Claude Luca, peintre officiel du mondial de pétanque où il se rend depuis 40 ans, ce même comportement en tribune entre Roland-Garros et la pétanque « prouve que les boules n’ont rien à envier au tennis ». Avec avantage aux boules ceci dit. « J’ai fait de nombreux événements sportifs, le grand prix de Monaco, le Tour de France… » énumère-t-il, « mais le mondial de pétanque c’est totalement à part. C’est populaire, ouvert à tous, les gens sont mélangés et l’ambiance et l’accueil sont bienveillants. Ici, les gens sont beaux de leur abandon », conclut-il.