Pourquoi on n’entend (presque) pas les cigales à Marseille ?

TSSS TSSS TSSS Insecte emblématique de la Provence et de sa capitale Marseille, les cigales se font rares en ville. On vous explique pourquoi (et ce n’est pas qu’une question d’arbre)

Alexandre Vella
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Une mue de cigale, en Provence
Une mue de cigale, en Provence — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • En ville, et particulièrement à Marseille, les cigales se font rares.
  • Thibault Morra, entomologiste au conservatoire d’espace naturel Paca nous explique pourquoi.
  • En cause, l’artificialisation des sols et le manque d’arbres.

Communicants et agences de tourisme se régalent à vendre une carte postale de Marseille, bercée par le bruit des cigales et bordée par la mer. Mais parvenus à la gare Saint-Charles, les voyageurs pourraient bien crier à l’escroquerie. Car passées les boutiques de souvenirs où la mélopée des cigales est mise en boîte, rien, silence. Pas un « tsss tsss tsss » à se mettre sous l’oreille, quand bien même l’on fait fi du bruit de la circulation, des klaxons, motos et autres sirènes.

Curieuse quête que celle de trouver des cigales dans Marseille. Je me souviens du désarroi d’un confrère d’une radio parisienne croisé à Marseille venu enregistrer « le chant de l’été ». Il envisageait de prendre un taxi pour sortir de la ville le trouver. Assis à l’ombre d’un parasol dans une ruelle donnant sur la place Villeneuve-Bargemon, Gérard et Jean-Marc discutent à table autour d’un pastis largement dilué : il n’est pas encore midi et les deux amis, Marseillais de toujours, ont la sagesse de ceux qui ont dépassé depuis longtemps les 75 ans.

Les mâles « cymbalisent » pour attirer les femelles

Entre deux récitals de Fernandel, Jean-Marc lance : « Ecoute ! On n’entend rien. Il n’y a plus une cigale à Marseille ». « Vé, regarde la place, y’a trois arbres qui traînent et que des pierres », poursuit-il, suscitant l’approbation de son ami. Rénové en 2006 par l’architecte Franck Hammoutène, l’espace est en effet très minéral, comme l’ensemble du Vieux-Port et de la ville. Une chose que la municipalité essaye d’atténuer avec force jardinières à l’occasion de la piétonnisation partielle du port. Suffisant pour faire revenir les cigales ?

« Les larves de cigales, pondues dans les arbres, creusent ensuite dans la terre et y restent pendant deux à cinq ans », explique Thibault Morra, chargé de mission entomologie au conservatoire d’espace naturel Paca. « Une fois la maturité atteinte, les larves éclosent et remontent jusqu’à la surface aux premières chaleurs, souvent après les orages de juin qui ameublissent les sols. Elles muent ensuite, avant de chercher à se reproduire », continue le scientifique. Alors forcément « comme il y a de moins en moins d’arbres et de plus en plus de sols imperméabilisés et goudronnés, il y a de moins en moins de cigales en ville ». A l’air libre, les cigales ne vivent qu’une saison durant laquelle elles vont chercher à se reproduire. Et c’est pour attirer les femelles que les mâles « cymbalisent », avec de petits organes situés le long de leur abdomen, produisant cette mélopée caractéristique.

Une première étape serait de remettre des arbres en ville, car les cigales « ont un vol assez puissant. Si elles sont dérangées ou ne trouvent pas de femelles, elles peuvent facilement parcourir un kilomètre ». Il faudrait ensuite ménager davantage d’espace où les sols, notamment autour des arbres et sur les places, demeurent naturels. Comme dans les parcs et jardins de la ville, à l’image du parc Longchamp, où boire un café à l’ombre d’un arbre bercé par le chant du plus fameux animal local est encore possible.