La bonne bobine de la région Paca

Antoine Pateffoz

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Du côté de la mairie de Marseille, on se frotte les mains, tout en étant un peu dubitatif. C'est toujours une bonne affaire de prendre une grosse production dans ses filets. Qu'on en juge : Luc Besson (Europacorp) produit, Richard Berry réalise, une brochette de stars (Jean Reno, Jean-Pierre Darroussin, Marina Foïs) s'active devant la caméra. Le tournage qui met en émoi le cours Estienne-d'Orves (1er) ces jours-ci est un polar inspiré de la vie de Jacky Imbert, alias Jacky Le Mat, considéré comme l'une des figures du Milieu.

Mais ça, ça ne plaît pas forcément à la mairie, qui évoque sur son site Internet une image de Marseille « adorée » mais aussi « trahie » par le cinéma, « stéréotypée » et « caricaturée » : Eliane Zayan, conseillère municipale (UMP) déléguée pour le cinéma, confirme qu'elle et le maire « n'ont pas envie qu'on donne toujours une image négative de la ville, avec bandits, prostituées, drogue ».

Marseille et la région ont été souvent été prises pour cibles par les réalisateurs de polars (Borsalino, French Connection, Taxi, MR-73...), mais les tournages sont beaucoup plus divers : longs et courts métrages de tous styles, publicités, documentaires, téléfilms, séries (Plus belle la ville, évidemment, mais aussi Mafiosa, Le Tuteur...). Et ils sont nombreux : la ville arrive en deuxième position derrière Paris pour le nombre de tournages, à l'instar de la région Paca, également deuxième derrière l'Ile-de-France.

C'est principalement Marseille et ses alentours qui ont la faveur des tournages, notamment parce que la ville concentre la plupart des équipes techniques, des comédiens et des prestataires. Eliane Zayan note une progression sensible depuis 1996 et table sur 220 tournages en 2009, contre 200 en 2008. Les réalisateurs viennent, entre autres, pour les décors naturels, le climat et la lumière.

La ville n'aligne que 80 000 euros de budget annuel pour aider les projets mais elle met en avant sa « disponibilité » à travers son Bureau du cinéma, en train d'effectuer sa mue en Mission cinéma. Celle-ci prendra ses quartiers en mars au Pôle média de la Belle-de-Mai (3e). Le rôle du Bureau consiste à faciliter les tournages, notamment en mettant à disposition gratuitement des lieux et en demandant en retour quelques contreparties (lire ci-contre). Eliane Zayan souhaite renforcer son service : « La Mission fera des repérages, des castings. Il y aura une antenne Pôle Emploi-Spectacles et des fonctionnaires spécialisés dans le cinéma et l'audiovisuel. »

Marseille n'est pas seule : le Luberon attire également nombre d'équipes et, globalement, Paca voit défiler environ 400 tournages par an, dont 15 à 20 longs métrages. « On trouve de tout, confirme le conseil régional. Des polars, mais également des films sociaux, des films de genre, des comédies... »

Outre Le Premier Cercle (également avec Jean Reno, sur les écrans la semaine prochaine) et L'Immortel, les prochains longs annoncés sont ceux de Fanny Ardant, de Mathieu Amalric et d'Alexandre Gavras.

La région, d'après laquelle un euro investi dans le cinéma en rapporte dix, a subventionné plus de 80 projets en 2008, à hauteur de 2,6 millions d'euros, dont près de la moitié est allée à 14 longs métrages. En 2009, les aides s'élèveront à 2,7 millions d'euros, dont 1,7 million pour les longs. ■