Marseille devient-elle gay friendly ?

LGBTQ+ Est-il plus facile d’être LGBT+ à Marseille ces derniers temps ? Les discriminations existent toujours mais des avancées font que « la dynamique est enclenchée pour que toutes les personnes soient respectées »

François Maliet

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Demonstrators take part in the  Europride gay rights march 2013, on the Old-Port, in Marseille, southern France, Saturday, July 20, 2013.  (AP Photo/Claude Paris)/MAR113/694387016167/1307201928
Demonstrators take part in the Europride gay rights march 2013, on the Old-Port, in Marseille, southern France, Saturday, July 20, 2013. (AP Photo/Claude Paris)/MAR113/694387016167/1307201928 — Claude Paris/AP/SIPA
  • Couple homoparental, Lucien et Léon sont surpris de la bienveillance à leur égard de la part de leurs voisins ou des personnels de l’école de leur fille.
  • Toutefois, tout n’est pas arc-en-ciel pour les personnes LGBT+ à Marseille et « les confinements ont aggravé les situations », constate l’association Le Refuge.
  • La mairie mais également le département des Bouches-du-Rhône prennent des initiatives pour faire évoluer les mentalités et lutter contre les discriminations.

Lucien* et Léon* se sont mariés il y a quelques années déjà, et sont papas d’une petite fille de 5 ans qui vit avec eux la moitié du temps, chez sa maman pour l’autre moitié. Une configuration familiale peu ordinaire dans une société hétéronormée, qui pourrait provoquer pas mal de réactions au quotidien. Eh bien, pas tant que cela, selon les principaux intéressés. « On a pu constater par exemple que, à l’école, les professeurs comme les employés municipaux sont ouverts d’esprit, ce qui est confortable pour les familles homoparentales comme la nôtre », témoigne Léon.

Mieux encore : « Nos voisins, qui ont pourtant un certain âge, se montrent très avenants, ce que nous ne soupçonnions pas quand nous nous sommes installés dans notre nouvel appartement. Ils savent pourtant que nous sommes un couple d’hommes et que nous élevons notre fille. » Mais alors, Marseille serait donc devenue le paradis des couples homosexuels ? « Après, c’est certain que tu ne te balades pas main dans la main sur le Vieux-Port ou ailleurs, tempère Lucien. En même temps, je ne vois pas trop de lieux en France où tu puisses le faire, à part dans le Marais​, à Paris. »

Et l’enthousiasme de Léon sera complètement douché par les propos de Grégory Bernard, délégué départemental de l’association Le Refuge, qui accueille des jeunes LGBTQI (personnes se reconnaissant dans l’un des termes lesbienne, gay, bisexuel, transgenre, queer ou intersexes) entre 18 et 25 ans. « Nous constatons un fort accroissement des demandes de prise en charge depuis le début de la crise sanitaire. On retrouve la même logique que pour les violences conjugales :  les confinements ont aggravé les situations. » Pas simple de vivre 24 heures sur 24 avec des parents homophobes quand on est soit même homosexuel… Et dans la rue, ce n’est pas forcément mieux : « Les jeunes que nous accueillons et ou suivons se font insulter, agresser, poursuit le délégué du Refuge. Nous les encourageons à rester discrets quand nous faisons des sorties. Et c’est cent fois pire pour les personnes transgenres… »

Les efforts de la nouvelle municipalité pour rattraper le retard

On est donc encore loin de l’arc-en-ciel. Mais le firmament aurait tout de même tendance à s’éclaircir pour les personnes LGBTQI. « Il n’y a pas de spécificité locale marseillaise, glisse Philippe Amidieu, coprésident de Fierté Marseille organisation, structure qui chapeaute la Pride, la prochaine aura lieu le 3 juillet. Mais, comme sur le plan national, nous constatons une évolution des mentalités. » Le militant de détailler : « Ici, il y avait peut-être un retard politique, cela manquait d’ambition – il n’y avait pas de centre LGBT, par exemple – mais il est en train d’être rattrapé par la nouvelle municipalité. »

Effectivement, à l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, le 17 mai, la mairie a annoncé la diffusion de la campagne d’affichage « Etre et aimer », a promu l’application Flag ! qui permet de signaler les actes sexistes et LGBT-phobes, et recense les commerces où les victimes d’agression à caractère homophobe et transphobe peuvent se réfugier. Enfin, les formulaires de l’état civil devraient sous peu ne plus mentionner les termes « père » ou « mère » mais « premier parent » et « deuxième parent ».

Création d’une Maison LGBT

« On sent une évolution, soutient Théo Challande-Névoret, adjoint au maire en charge de la lutte contre les discriminations. Et on va la sentir de plus en plus dans les mois et les années qui viennent. La dynamique est enclenchée pour que toutes les personnes soient respectées. Cela se joue au-delà de l’espace public, sur le plan de l’acquisition de l’égalité des droits pour les personnes transgenres, pour les familles homoparentales… »

Du côté du département aussi, la situation a évolué avec l’ouverture en décembre dernier de la Maison départementale de lutte contre les discriminations (MDLD), dédié « à l’accueil, l’information et l’orientation de toutes les victimes de discrimination ». Elle a décliné pendant tout le mois de mai, à l’occasion là encore de la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, une programmation liée à cette thématique. L’ouverture de ce lieu a cependant déçu des associations LGBT locales ayant participé à l’élaboration du projet. Qu’à cela ne tienne : la mairie annonçait en septembre dernier la création d’une Maison LGBT.

En attendant, les organisateurs de la Pride entendent bien faire entendre leurs revendications début juillet. « Il reste beaucoup de préjugés et de stéréotypes sur la procréation et la gestation médicalement assistées [PMA et GPA], ainsi que sur le droit à la transidentité, indique Philippe Amidieu. Sera aussi mise en avant la double discrimination subie par les personnes racisées et LGBT. Bref, on essaye de faire évoluer les normes… »

*Les prénoms ont été modifiés.