Marseille : Toujours contestés, les travaux de la Plaine s'achèvent

URBANISME Très contestée à Marseille, la requalification de la place Jean-Jaurès, au cœur du quartier de la Plaine, s’achève dans un climat toujours aussi tendu

Mathilde Ceilles

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Les travaux de la place Jean-Jaurès à Marseille sont enfin finis après des années de contestation
Les travaux de la place Jean-Jaurès à Marseille sont enfin finis après des années de contestation — Mathilde Ceilles / 20 Minutes

Un beau soleil vient chauffer la place Jean-Jaurès nouvelle version. Après deux années de travaux contestés, et pas moins de 18 millions d’euros, les barrières qui entourent ce chantier contesté ont été enfin enlevées.

Depuis ce jeudi, les Marseillais ont accès à cette célèbre place de 2,5 hectares, au cœur du quartier populaire de la Plaine, dans le centre-ville de la cité phocéenne. Les pavés défoncés, l’immense parking en plein air et son parc de jeux ont laissé place à une vaste zone piétonne en béton avec quelques arbres et bancs.

En lieu et place d’une inauguration en fanfare, avec ruban et bouquets d’élu, la fin des travaux avait d’abord été annoncée discrètement sur les réseaux sociaux, cette semaine. Il faut dire que ce projet est sous le feu de multiples critiques, nourries par des craintes de gentrification du quartier, et à l’origine de plusieurs manifestations, d’une occupation de la place et même de la construction d’un mur en réponse pour empêcher toute intrusion.

« Une étape importante »

Finalement, la Solem, qui a conduit les travaux pour la métropole, a convié la presse ce jeudi pour une déclaration de dernière minute. « C’est une étape importante, se réjouit son président Lionel Royer-Perreault. Nous livrons aux Marseillais cet espace public requalifié. A partir d’aujourd’hui, la métropole va être responsable de sa gestion quotidienne. » Seule l’aire de jeux, très contestée car considérée comme dangereuse, reste inaccessible. « Cette aire de jeux relève de la compétence de la municipalité », balaie Lionel Royer-Perreault.

La veille, la nouvelle municipalité marseillaise, opposée de longue date à cette requalification avait envoyé un courrier au vitriol à la métropole sur la livraison de ces travaux, venant ajouter un peu plus de tension à ce serpent de mer de la vie politique marseillaise.

Des inquiétudes

Dans cette missive, les élus dénoncent, entre autres, leurs inquiétudes autour de « la sécurisation des jeux d’enfants, le manque de fontaines, l’accessibilité de tous les publics ou encore la nécessité d’un plan de gestion des déchets spécifiques à la place ». La mairie affirme avoir fait des propositions dans des lettres restées « sans réponse, alors qu’un travail technique était en cours dans nos services ».

Et de tacler : « Apprendre la réouverture de cette place emblématique du centre-ville de Marseille par les réseaux sociaux et à l’image de l’absence de concertation qui a marqué l’ensemble de l’opération. »

« Ils ont mis du béton partout »

A la vue de Lionel Royer-Perreault sur cette place flambant neuve, plusieurs habitants invectivent violemment le président de la Soleam. « J’habite le quartier depuis dix ans, s’agace Simon, son petit garçon à la main. Ils ont mis du béton partout ! Si on tombe, on se fait mal, c’est sûr ! »

« Franchement, quand je vois cette place, il y a un véritable sentiment d’amertume, soupire Mathilde. Depuis les travaux, on a des voisins habitants du quartier qui voient leurs appartements, dont ils étaient locataires, être vendus à des Parisiens, et avoir du mal à se loger ! On veut que la Plaine reste intergénérationnelle et populaire. »

« Risque de dégradation permanente »

« Cette place a été pensée contre les gens, ou du moins malgré les habitants et les usagers, dans un grand mépris de classe, accuse Mathilde Chaboche, adjointe au maire de Marseille en charge de l’urbanisme. Et il peut y avoir un retour de bâton, avec un risque de dégradation permanente en conséquence. »

« Je souhaite que la place soit respectée par tous, tance Lionel Royer-Perreault. On ne tague pas et il est normal que les personnes qui sont prises en flagrant délit soient sanctionnées » Lors du dernier carnaval de la Plaine, organisée entre autres pour protester contre la potentielle gentrification du quartier liée à cette requalification, des dégradations avaient été commises sur les travaux de la place Jean-Jaurès, pour un coût total estimé à 100.000 euros par la Soleam.