Devant les grilles du Pharo, « Il y a encore l'espoir d'arrêter ce projet »

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Devant les boucliers anti-émeutes, une petite marée de gants de vaisselle, de tee-shirts, de chasubles, tous jaunes. Montée sur l'arrière d'un camion, la sono diffuse Vieille Canaille. Hier, dans un mistral glacé, plus de 700 personnes ont manifesté toute la matinée au Pharo (7e), alors que les élus de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM) débattaient de l'incinérateur de déchets de Fos.

Venus de toute l'agglomération Ouest-Provence dans quinze bus, les manifestants arrivent au compte-gouttes. « La police nous a escortés dès la sortie du Vieux-Port, au cas où on ne connaîtrait pas le chemin », grince Bernard Granié, président (PS) de l'agglomération.

Après un petit détour par la Corniche, tout le monde descend place du 4-Septembre, puis remonte vers le Pharo pour se trouver face à vingt cars de CRS et gendarmes mobiles. « Personne ne passe, à part la délégation d'élus », martèle un officier dans son talkie-walkie. Dans le matin blême, le quartier prend des allures de zone verte à Bagdad : double-barrières devant les manifestants, barrages à tous les coins de rues, triple vérification des cartes d'identité pour entrer dans l'hémicycle, on échappe de peu à la fouille au corps.

Derrière les banderoles, presque aucun Marseillais, mais des habitants de Fos, Istres, Port-Saint-Louis... Prof de sport, Nathalie vit sa première manif : « Je ne participe jamais aux défilés de l'Education nationale, mais là, je viens, explique-t-elle. Il y a encore l'espoir d'arrêter ce projet. » Tous en ont après le PS marseillais, qui dirige MPM depuis avril et qui s'était opposé à l'incinération durant les municipales. « Les politiques se planquent derrière les questions financières alors que six mois plus tôt, ils mettaient en avant les risques pour la santé », souligne Vincent, ambassadeur du tri. Majoritairement de gauche, les élus de Ouest-Provence l'ont tout aussi amère. « C'est une mauvaise histoire de famille, regrette Jean Hetch, vice-président (PS) de l'agglo. Durant les municipales, Guérini [candidat PS à Marseille] était venu défiler avec nous contre l'incinération. » Guérini savait-il déjà, à ce moment, que le chantier était irréversible ? « Joker !....», sourit Jean Hetch.

Au même moment, une délégation menée par Bernard Granié rencontre Eugène Caselli, président (PS) de MPM. Celui-ci propose de mettre en service l'incinérateur, mais en réduisant le tonnage brûlé. « Une fois qu'il aura démarré, on nous dira qu'on ne peut plus l'arrêter », prophétise Jean Hetch. Au bout d'une heure, la délégation ressort. « Il manque pas mal de chose pour arriver au zéro incinération, juge Granié, monté sur le camion sono. Tant que nous n'obtenons pas gain de cause, nous attaquerons en justice toutes les délibérations qui seront votées par MPM dans ce dossier ! » Le compte rendu terminé, les manifestants remontent dans leurs bus. A la sono, la speakerine lance : « A la prochaine, Eugène ! » ■F. L.