Les animaux ont un pied à terre en ville

Stéphanie Harounyan
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Des bêtes à poils et à plumes, juste au coin de la rue. Depuis hier, l'exposition « Marseille, ville sauvage », présentée au Museum d'histoire naturelle, propose au visiteur de partir à la découverte de la faune urbaine marseillaise. Loin des simples toutous et autres minous de compagnie, ce parcours révèle une biodiversité insoupçonnée, de la blatte à la fouine, en passant par sept types de chauves-souris. Au total, près de 1 500 espèces (marines exclues) sont représentées dans la commune, dont environ 150 espèces d'oiseaux et une quarantaine de mammifères.

« Marseille a une biodiversité comparable à d'autres grandes villes, mais avec quelques spécificités, explique Philippe Siaud, ingénieur écologue et commissaire scientifique de l'exposition. C'est une ville côtière, les oiseaux migrant vers le sud y font des pauses deux fois par an. De plus, la commune est entourée de massifs, il y a donc une forte interaction entre zones urbaines et naturelles. D'où l'arrivée des sangliers à Luminy ou des renards en centre-ville. » Au-delà de ces visiteurs inattendus, l'exposition présente aussi les habitués du bitume sous un jour différent. « Prenons le rat, poursuit Philippe Siaud. Sans sa présence dans les égouts, les conduits seraient éternellement bouchés. » Autre nuisible semi-réhabilité : le goéland, alias le gabian, qui supplante en nombre le pigeon sur la ville. « Le pigeon reste cependant plus embêtant pour les monuments, précise le scientifique. Le goéland, lui, niche sur les toits plats... »

La dernière partie du parcours, plus scientifique, s'intéresse à l'adaptation de la faune à la ville. Si certaines bestioles « tous terrains » ont vite pris leurs marques, d'autres font des expérimentations : ainsi, la mésange et le merle vont changer leur tonalité de chant pour continuer à communiquer au-dessus du bruit des klaxons. D'autres espèces, dupées par la lumière des réverbères, vont allonger leur période de reproduction. « On est au début d'une histoire, s'enthousiasme Philippe Siaud. La nature s'adapte à un nouveau milieu, car la ville est un milieu comme un autre. Il y a même des avantages : plus de nourriture, une température plus élevée... La seule différence, c'est que l'animal y a un compétiteur direct : l'homme. C'est son seul problème ! » ■