Marseille : La chambre régionale des comptes pointe le fiasco de la réhabilitation du centre-ville délabré

LOGEMENT Selon un rapport de la chambre régionale des comptes, seuls 31 des 1.500 logements prévus ont été produits par la Soleam dans le centre ancien et délabré de Marseille en huit ans

Mathilde Ceilles

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La Soleam est une société chargée notamment de réhabiliter le centre-ville de Marseille
La Soleam est une société chargée notamment de réhabiliter le centre-ville de Marseille — BORIS HORVAT / AFP
  • Un rapport de la chambre régionale des comptes dresse un bilan sévère de l’efficacité de la Soleam, la société d’aménagement censé rénover le centre ancien de Marseille.
  • Le rapport pointe notamment que seuls 31 logements ont été construits en huit ans, contre 1.500 ans prévus initialement.
  • La faute notamment à un organisme sans stratégie ni pilotage, à en croire la chambre.

Il y a des chiffres ​ qui parlent d’eux-mêmes. Dans un rapport rendu public ce vendredi, la chambre régionale des comptes indique qu’à Marseille, en huit ans d’existence de la Soleam, « sur les 1.500 logements nouveaux prévus initialement, 31 seulement avaient été réalisés fin 2018 ».

Cette société locale d’équipement et d’aménagement avait notamment été créée en 2010 pour piloter, à travers l’opération « Grand centre-ville », un vaste chantier de rénovation urbaine du centre ancien et délabré de la deuxième ville de France. Un budget pharaonique de 235 millions d’euros avait été débloqué par pouvoirs publics, notamment la métropole d’Aix-Marseille Provence, pour réhabiliter en dix ans 1.000 hectares de Marseille.

« Une absence de pilotage de projets »

Or, à en croire la cour, en matière de lutte contre l’habitat indigne et le mal-logement à Marseille, les comptes ne sont pas vraiment bons. Outre une production de logements bien inférieure des objectifs fixés, la Soleam n’a rénové que 14 des 2.000 logements délabrés initialement prévus. « L’opération de soutien aux requalifications des immeubles par les propriétaires privés n’a pas non plus donné de résultats probants », notent les magistrats instructeurs.

Et de conclure, dans un constat cinglant : « D’une manière générale, si quelques aménagements et équipements publics ont pu être réalisés, les objectifs en matière de logements étaient loin d’être atteints ». Mais pourquoi ? « Il y avait au sein de la Soleam une absence de pilotage des projets », explique Clément Coutan, président de section en charge des Bouches-du-Rhône au sein de la chambre régionale des comptes. Et pour cause : comme le souligne le rapport, entre 2011 et 2019, le comité de pilotage, censé définir les priorités et suivre les projets, ne s’est réuni que six fois.

Un manque d’anticipation

« Les 1.500 logements étaient un objectif très clair, rappelle la magistrate instructrice coauteur de ce rapport, lors d’un point presse ce vendredi. Le problème, c’est que derrière, les logements possibles n’avaient pas été identifiés avant. » « Par exemple, au Panier, il y avait un projet initial de création de logements étudiants, détaille l’autre magistrat instructeur à l’origine de ce rapport. Mais quand les études ont été faites, la Soleam s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas faire les logements dans ces immeubles, car il y ferait nuit noire ! »

La chambre régionale des comptes pointe en effet des changements constants de projets, qui abandonnent peu à peu ces projets initiaux de création de logements, au détriment d’autres. « La rénovation de la place Jean-Jaurès, à la Plaine, est un bon exemple de ce problème de réhabilitation du centre-ville, ajoute cette même source. A la base, il y était prévu du logement. Mais peu à peu, la Soleam a plutôt fait de l’aménagement urbain, dans des conditions d’importante tension. »

Des habitants contestent en effet ces travaux, accusés d’être menés uniquement pour gentrifier le populaire centre-ville. « On fait face à une véritable complexité des dossiers en matière de logement, se défend l’actuel président de la Soleam, Lionel Royer Perreault. Il a fallu réaliser toute une série d’études, qui prennent du temps, et aujourd’hui, on a construit 122 logements neufs. »

« Ils ont piqué l’argent pour le mettre ailleurs soupire Patrick Lacoste, du collectif Un centre-ville pour tous. A La Plaine, on leur donne des millions pour faire du logement, et ils font 0 logement pour faire une belle place pour les touristes et attirer les Parisiens ! C’est du détournement de l’argent public à des fins touristiques ! Pourquoi ne voulait-il pas faire de logement ? Parce qu’il voulait que la population change, donc il laissait pourrir les choses, pour éviter de faire du logement social ! Et on en arrive à des catastrophes prévisibles ! »

Parmi les logements initialement visés par la Soleam se trouvaient en effet deux immeubles tristement célèbres de la rue d’Aubagne. Après des années de délabrement, ces derniers se sont effondrés le 5 novembre 2018, provoquant la mort de huit personnes.