à toulon, « l'impression de faire une croisière de vingt minutes »

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« Roger, je mets bâbord à quai ? » A Toulon, amarrage et bouées de sauvetage ont remplacé créneaux et ceintures de sécurité. Si les bâtiments militaires ont toujours été les stars de la rade, ils partagent aujourd'hui leur gloire avec des « batobus ». Premier réseau de transport maritime de France, avec 1,4 million d'usagers par an et une capacité d'accueil de 140 passagers chacune, ces navettes n'ont pas à rougir devant les géants qu'elles côtoient. Les trois lignes qui desservent La Seyne-sur-Mer, Les Sablettes et Saint-Mandrier sont gérées par le réseau Mistral, dans le cadre d'une délégation de service public. « A l'origine exploitées par des bateliers privés, les navettes ont été reprises progressivement depuis 1981 par l'autorité organisatrice des transports urbains », rappelle Etienne Marchal, responsable du développement du réseau Mistral. Cela fait donc plus de vingt-cinq ans que ce mode de transport est ancré dans la vie des Toulonnais. Et Yannick Chenevard, vice-président (UMP) de la communauté d'agglomération Toulon Provence Méditerranée (TPM), prend plaisir à rappeler qu'« ici, on prend le bateau comme on prend un bus ».

Sous l'impulsion du maire de Toulon, Hubert Falco (UMP), cinq des neuf navettes ont été renouvelées pour 800 000 euros chacune, soit 2,5 fois plus que pour l'achat d'un bus. « L'investissement en vaut largement la peine », assure Yannick Chenevard. Et ce n'est pas Maryse, 65 ans, qui le contredirait. « J'habite La Seyne-sur-Mer, et à chaque fois que je prends la navette, j'ai l'impression de faire une mini-croisière de vingt minutes, s'enthousiasme-t-elle. C'est trente minutes de moins qu'en voiture, c'est beaucoup moins onéreux et surtout, c'est plus agréable ! » Ainsi, les usagers peuvent se déplacer tout en admirant, à travers les baies vitrées ou à l'extérieur du bateau, celle qu'ils nomment « la plus belle rade d'Europe ». Marie-Hélène et Calogero embarquent quotidiennement sur les navettes pour se rendre sur leur lieu de travail. « C'est plus rapide et plus agréable que le bus, car on n'est jamais "esquiché" et, quand c'est nécessaire, on peut passer de l'un à l'autre pour moins d'un euro par jour quand on est abonné », souligne Marie-Hélène.

TPM injecte chaque année près de 100 millions d'euros pour l'ensemble du réseau de transports en commun, soit le premier budget de l'agglomération. La ville de Toulon, élue Marianne d'or de la propreté des transports en 2008, ne compte pas s'arrêter là. « Nous envisageons de renouveler bientôt une partie de la flotte par une génération de bateaux hybrides », souligne Yannick Chenevard, également adjoint au maire.

Pourquoi un tel succès n'inspire-t-il pas Marseille ? Outre les volontés politiques, c'est la géographie qui coince. Contrairement à la cité phocéenne, les villes varoises sont protégées du mistral, ce qui a contribué à la mise en place des navettes. « Ce n'est pas pour rien que les grands stratèges ont fait de Toulon le premier port militaire de France », s'enorgueillit l'adjoint au maire. Reconnaissance nationale, augmentation du nombre de passagers, projets ambitieux... les batobus semblent insubmersibles. Seul Jean-Sébastien, commandant de bord, soulève un point négatif. « La forte mer nous empêche de sortir deux à trois jours dans l'année », explique-t-il. Des tracas qui ne semblent affecter ni les usagers ni les élus, déterminés à conquérir de nouveaux espaces. « Nous souhaitons optimiser et élargir le réseau de transport à un partenariat tarifaire avec le réseau de TER », annonce Yannick Chenevard. De plus, une liaison jusqu'à Carqueiranne via Le Pradet est envisagée. ■L. J.