Les « batobus » marseillais toujours en rade

Laura Jaumouillé

— 

Les navettes maritimes marseillaises prendront-elles un jour le large ? Le projet refait surface à chaque élection depuis de nombreuses années. L'argumentaire a pourtant de quoi séduire : dans une ville prise d'assaut par les voitures, les navettes permettraient de désengorger le centre par voie maritime en desservant l'Estaque et la Pointe-Rouge via le Vieux Port.

Persuadé de l'impact positif du projet, Christian Pellicani (PCF), président de l'association Citoyen 13, l'a repris sous son aile il y a une dizaine d'années. Aux municipales, il a convaincu Jean-Noël Guérini (PS) d'inclure l'idée dans sa campagne. « Il prévoyait d'acheter quatre bateaux de 150 places pour un total d'environ 3 millions d'euros, afin d'effectuer le trajet en 45 minutes. C'est 50 minutes de moins qu'en voiture », souligne Christian Pellicani, délégué aux transports et au développement durable à la mairie des 1er et 7e arrondissements. Si le candidat socialiste a perdu le scrutin, la gauche a pris, en mai 2008, la présidence de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM), compétente en matière de transports. Mais le projet n'est toujours pas à l'ordre du jour. Il y a « d'autres priorités », selon MPM.

« On dit que ça ne peut pas marcher, mais c'est une fausse excuse, assure Christian Pellicani. On a l'exemple des navettes reliant Marseille au Frioul, qui attestent de la faisabilité économique et touristique de ce projet. C'est le seul transport en commun qui génère des excédents au lieu de représenter un coût net. » Pour enfoncer le clou, l'élu réalise, en juin dernier, une simulation grandeur nature à bord du Solis, premier bateau fonctionnant en partie à l'énergie solaire. « Cela mêle environnement et économie, car la recharge quotidienne d'un tel bateau ne coûte qu'un euro, soit 20 % de gagnés sur le coût du carburant », pointe-t-il. Sa démonstration est faite, ne manque plus que la volonté politique. Une fois la décision prise, il faudrait encore cinq ans pour développer le projet. ■