Aix-en-Provence : « L'expulsion de Me Sollacaro n'est que la face visible de l'iceberg »

MANIFESTATION Après l’expulsion par la police d’un avocat au cours d’une audience à Aix-en-Provence, environ 200 avocats ont manifesté, témoignant d’un climat de tension dans les tribunaux

Mathilde Ceilles
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Environ 200 avocats ont manifesté devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence ce mercredi
Environ 200 avocats ont manifesté devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence ce mercredi — NICOLAS TUCAT / AFP
  • La semaine dernière, un avocat a été expulsé par des policiers lors d’une audience à Aix-en-Provence, sur ordre d’un magistrat.
  • En signe de protestation, 200 avocats se sont rassemblés devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence ce mercredi.
  • Cet épisode serait le reflet de tensions et d’une défiance envers les avocats, selon les manifestants.

La place devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence se remplit en un clin d’œil. Montpellier, Tarascon, Avignon… Près de 200 avocats ont répondu ce mercredi à l’appel à manifester, une semaine après l’incident qui a secoué le parquet d’Aix-en-Provence. Jeudi dernier en effet, en pleine audience, un avocat du bureau de Nice, Me Paul Sollacaro, fils du bâtonnier d’Ajaccio Antoine Sollacaro, assassiné en 2012 en Corse, avait été expulsé lors du procès de 11 prévenus dans un dossier de trafic de drogue.

Son client ayant été testé positif au Covid-19, l’avocat inscrit au barreau de Nice avait demandé la disjonction de son cas. Une requête aussitôt rejetée par le président d’audience, qui s’est également opposé à ce que le prévenu se présente devant le tribunal. Après de vifs échanges entre l’avocat et le magistrat, le président avait demandé l’intervention de la police pour faire sortir Me Sollacaro. Par solidarité, tous les autres avocats présents avaient également déserté le tribunal.

« Des dissensions se creusent »

« Ce qui s’est passé la semaine dernière n’est que la face visible de l’iceberg, estime Me Philippe Bruzzo, bâtonnier d’Aix en Provence. Je trouve qu’il y a une tension, et pas qu’au parquet d’Aix-en-Provence. Déjà, parce qu’il y a beaucoup d’avocats, ce qui augmente le nombre possible de difficultés. Et il y a plus de difficultés avec les magistrats, qui ont peut-être moins de moyens. Des dissensions se creusent entre le corps des magistrats et la profession des avocats. Ce n’est pas forcément prégnant. Mais c’est latent. »

« La crise sanitaire n’arrange pas les choses, estime Me Philippe Klein, adjoint à la maire d’Aix-en-Provence. Avec le retard pris, certains avocats ne plaident pas, et des magistrats ont pris goût aux audiences sans plaidoirie. » « A Aix-en-Provence, on a pris deux ans et demi de retard dans les fixations », constate Me Josiane Chaillol.  « On ne peut plus plaider ce que l’on veut comme on veut, regrette Me Philippe Ramon, bâtonnier de Tarascon. Cette affaire est une grave atteinte aux droits de la défense. L’avocat reste un empêcheur de tourner en rond… »

« On sent un certain malaise »

Un constat que partage lui-même Me Paul Sollacaro, présent lors de cette mobilisation. « Depuis la semaine dernière, je suis submergé de messages de soutiens. On sent un certain malaise. C’est compliqué pour nous de travailler en ce moment. On ressent une certaine lassitude, une certaine tension, un manque de considération. On ressent une défiance envers la fonction d’avocat. »

Et de confier : « Une semaine après les faits, je suis toujours aussi remonté, confie Me Paul Sollacaro. J’ai déposé plainte contre ce qu’on peut appeler un magistrat. Moi, je ne le considère pas comme un magistrat mais comme un agresseur. J’ai appris hier que l’inspection générale de la justice va être saisie, et j’attends de voir ce qu’elle va conclure… » Ce mardi, lors des questions au gouvernement, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a annoncé la saisie imminente de l’Inspection générale de la Justice sur ce dossier, dont les conclusions seraient connues « dans une quinzaine de jours au plus tard ».