Marseille abrite un institut unique pour restaurer les œuvres d’art

CULTURE Situé dans les anciennes manufactures de tabac de la Belle-de-Mai, le centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine accueille des œuvres d’art pour qu’elles retrouvent une nouvelle jeunesse

François Maliet

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Les locaux permettent d’accueillir des tableaux de grande taille.
Les locaux permettent d’accueillir des tableaux de grande taille. — F.M.
  • A Marseille, le centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine (CICRP) poursuit son activité malgré la crise sanitaire.
  • Il propose 2.000 m2 d’atelier de restauration pour une vingtaine de professionnels.
  • Une centaine d’œuvres y sont traitées tous les ans.

« Ce tableau de Pierre Puget, qui vient du musée du Palais Longchamp, avait été restauré dans les années 1950, mais cela avait mal vieilli, explique Marina Weissman, restauratrice d’œuvres d’art indépendante officiant dans les locaux du centre interdisciplinaire de conservation et de restauration du patrimoine (CICRP). La peinture avait été décollée de la toile, une technique difficile… » Il a donc fallu le reprendre, faire des analyses chimiques et physiques pour définir en amont le travail de restauration à effectuer, faire le choix du bon traitement.

Pour mener à bien sa mission, cette restauratrice s’est installée pendant de long mois dans les locaux du CICRP à Marseille, situé dans les anciennes manufactures de tabac de la Belle-de-Mai. Créé en 2002, « cet institut est unique en France par son statut – il s’agit d’un groupement d’intérêt public – et ses missions, à savoir l’assistance sur les questions de conservation », indique son directeur, Roland May.

Armelle Demongeot et Marina Weissman, restauratrice, accompagnées de Roland May, le directeur du CICRP.
Armelle Demongeot et Marina Weissman, restauratrice, accompagnées de Roland May, le directeur du CICRP. - F.M.

S’il arrive à la structure d’intervenir à l’extérieur, notamment sur des monuments historiques tels que l’église des Réformés ou la cathédrale de la Major pour faire part de son expertise sur l’évolution de la pierre, elle propose aussi un accueil de professionnels libéraux avec 2.000 m2 d’atelier de restauration.

Des restaurateurs indépendants

« Les restaurateurs sont indépendants, et sont choisis par les propriétaires des œuvres. Nous, nous mettons à disposition gratuitement l’environnement leur permettant de travailler », détaille Roland May. En quelques chiffres, cela donne 150 œuvres présentes dans ces murs, 100 œuvres traitées par an et une vingtaine de restaurateurs extérieurs, la plupart issus de l’Ecole d’art d’Avignon. Il faut leur ajouter 26 agents et fonctionnaires du CICRP avec, parmi eux, les photographes qui font le suivi des toiles étape par étape. « On fait des clichés à leur arrivée, puis on en refait après le premier nettoyage, les images suivent le tableau tout au long du processus », explique l’une d’entre eux. Le centre est aussi équipé pour réaliser des radiographies grandeur nature. « Cela donne des informations sur les couches picturales et le support, révèle les galeries d’insectes ou la présence de compositions sous-jacentes. »

La crise sanitaire ? Elle a eu quelques effets sur l’activité du CICRP. « Nous avons fermé pendant le premier confinement, détaille le directeur. Puis, à la reprise, nous avons réduit le présentiel, et constaté une baisse des demandes pour les missions sur place. Mais l’espace dont nous disposons et la taille des ateliers permettent de travailler en garantissant facilement les gestes barrières. » Il n’y a donc plus que les œuvres d’art qui ont accès à un lieu de restauration !