Coronavirus à Marseille : La chicha favorise-t-elle la transmission du Covid-19, comme le suppose Didier Raoult ?

FAKE OFF Dans sa dernière vidéo, Didier Raoult affirme que le narguilé peut être un vecteur de transmission du coronavirus

Mathilde Ceilles

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Un homme qui fume la chicha sous son masque
Un homme qui fume la chicha sous son masque — JAAFAR ASHTIYEH / AFP
  • Dans sa dernière vidéo, le professeur Didier Raoult établit un lien entre la chicha et la propagation du Covid-19 au sein d’un cluster sur lequel l’IHU a enquêté.
  • Même si le narguilé semble favoriser la contamination par aérosol, ce lien reste à prouver scientifiquement.
  • Fumer la chicha conduit en tout cas à être proche les uns des autres, souvent sans masque, des facteurs propices à la propagation du Covid-19.

La chicha, nouveau facteur de transmission du Covid-19 ? C’est du moins ce que suppose le professeur Didier Raoult dans une vidéo publiée mardi, intitulée « Chicha et risque d’infection, pronostic et soin ». « On a regardé ce qui pouvait être une nouvelle cause de transmission, explique le directeur de l’IHU de Marseille. A l’occasion d’une petite investigation que nous avons fait, les gens nous ont dit : "Vous savez, samedi soir, on est allé tous ensemble fumer la chicha". »

Et d’estimer : « Ce truc est dégueulasse. Si on se passe ce truc, dans lequel il y a de salive, y compris si on change l’embout, c’est un modèle expérimental extraordinaire pour transmettre une maladie respiratoire. » Selon le professeur Didier Raoult, « vous ne pouvez pas échapper au fait que vous émettiez des aérosols avec de la salive dans quelque chose qui est chaud ». Un phénomène qui, dans cette logique, pourrait même expliquer une reprise de l’épidémie chez les jeunes l’été dernier. « Ces maladies infectieuses sont toujours liées à une nouvelle technologie ou à un changement d’écosystème, lance le directeur de l’IHU. Et cette chose-là, de se passer de bouche en bouche, ça n’existait pas avant. »

FAKE OFF

Contacté par 20 Minutes, l’IHU précise que ces déclarations ont été faites après enquête sur un foyer de contamination spécifique. « Nous avons été alertés sur un cluster en milieu professionnel, explique-t-on à l’IHU. Les équipes se sont d’abord posé des questions sur les conditions de travail des personnes concernées, s’il y avait des problèmes d’aération là où elles travaillaient. Et il s’est avéré qu’elles avaient, lors d’une soirée, fumé la chicha ensemble. »

Et d’ajouter : « Il y a des questions autour de la transmission. On met l’embout à la bouche. La chicha, c’est chaud, humide. Dans ces conditions, le virus peut se propager très facilement. » Un court article sur le sujet publié dans le Canadian Medical Association Journal le 6 avril 2020 affirme que « la chicha est un modèle idéal de transmission et peut, par son utilisation partagée, exacerber le risque concernant le Covid-19. »

« La chicha implique de respirer plus profondément, de souffler loin de la fumée, note Simon Mendez, chercheur au CNRS et à l’Institut montpelliérain Alexander Grothendieck, spécialisé en mécanique des fluides. Ce sont autant d’éléments qui augmentent a priori la quantité de gouttelettes dans la pièce, ce qui augmente les risques par rapport à une situation plus standard. » Et de rappeler : « On a de plus en plus de soupçons sur la contamination par aérosol. Les gouttelettes minuscules restent en suspension dans l’air, et il suffit qu’elles soient inhalées dans une pièce mal ventilée pour que ce soit un facteur de cluster. »

Le chercheur se montre toutefois prudent. « On ne sait pas si inhaler de la fumée est un facteur de contamination au Covid-19 ». Aucune étude scientifique sur le sujet n’a en effet été réalisée à ce jour. « Il est reconnu que se retrouver de façon proche sans masque est un moment de contamination, rappelle Jean-Stéphane Dhersin, directeur adjoint scientifique de l’Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions, spécialisé dans la modélisation d’épidémies. On peut citer les cantines, les bars… Les moments festifs, sans masque, sont vecteurs de transmission du virus, comme le montrent plusieurs études françaises et étrangères. »

Et d’affirmer : « Pour ce cluster, ils ont fumé la chicha lors d’une soirée, mais il ne faut pas confondre corrélation et causalité. Ce n’est pas forcément parce qu’ils ont fumé la chicha qu’ils ont été contaminés. C’était avant tout un rassemblement de plusieurs personnes proches. » L’IHU affirme prévoir de travailler rapidement sur le sujet pour étayer cette thèse.