Bouches-du-Rhône : « La mer fait tout disparaître », course contre la montre pour fouiller la grotte Cosquer

PREHISTOIRE Une équipe de scientifiques se prépare à explorer en urgence la grotte Cosquer alors que la montée des eaux efface les fresques et gravures de cette grotte préhistorique

Mathilde Ceilles

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Un des chevaux de la grotte Cosquer
Un des chevaux de la grotte Cosquer — DR
  • La grotte Cosquer est une grotte préhistorique aux portes de Marseille remarquable de par la richesse des gravures et peintures qui l’ornent.
  • Mais elle est désormais accessible uniquement par l’eau, dont le niveau ne cesse de monter.
  • Cette montée des eaux pousse les scientifiques à se former à la plongée pour étudier en urgence les ornements avant disparition pure et simple.

« On sait déjà qu’on a perdu des informations depuis la découverte de la grotte Cosquer, s’alarme Geneviève Pinçon, directrice du centre national de préhistoire. Il faut agir vite car la dégradation se fait de plus en plus vite. La mer fait tout disparaître. ». Unique grotte préhistorique immergée et ornée au monde, découverte il y a vingt ans quelque part aux portes de Marseille, au cœur des calanques, la grotte Cosquer se vide peu à peu de sa substance.

Avec le réchauffement climatique et la pollution, le niveau d’eau de cette grotte, accessible à pied il y a des millénaires, monte irrémédiablement. Et la mer entraîne avec elle la foule de dessins et de gravure d’un autre temps qui la rende si remarquable. « C’est irrémédiable, poursuit Geneviève Pinçon. L’eau de mer est en train de saper des couches archéologiques. » « Le plus gros choc a été à partir de la fin de l’été 2011, se souvient le plongeur archéologue marseillais Luc Vanrell, qui connaît la grotte comme sa poche pour l’explorer depuis une trentaine d’années. On a remarqué une élévation anormale du niveau de l’eau dans la grotte. Et depuis, ça ne s’arrête pas de s’élever, de plus en plus loin, de plus en plus vite. Il y a une érosion de tous les panneaux, y compris les plus célèbres, ceux des chevaux noirs. Les chevaux les plus bas sont désormais sous l’eau. »

« Faire l’inventaire de tout ce qui est en train de se détruire »

Ce n’est que l’année dernière que le ministère de la Culture décide de sonner le branle-bas de combat. « D’autres grottes ont été découvertes juste après Cosquer, et notamment la grotte Chauvet en Ardèche, justifie le préhistorien Cyril Montoya. Cela a polarisé les activités scientifiques, d’autant qu’il n’y a pas en France énormément de chercheurs capables de travailler sur ces sujets-là. »

Aussi, depuis l’année dernière, Cyril Montoya est devenu le chef d’une équipe de scientifiques marathoniens un peu particuliers, lancés dans une véritable course contre la montre. « La priorité, c’est de faire l’inventaire de tout ce qui est en train de se détruire à cause de la montée des eaux, explique-t-il. Il y a eu un inventaire préliminaire qui a été effectué dans les années 1990 et au début des années 2000. Et on sait qu’à chaque fois on découvre des choses. »

Or, l’inventaire qui s’annonce n’est pas si simple, compte tenu de la difficulté d’accès de la grotte. « Pour y entrer, il faut faire une plongée souterraine, au bout d’une galerie, ce qui est difficile et qui lourd psychologiquement, note Luc Vanrell. Il faut être à l’aise avec toutes les procédures, sans compter que des gens ont peur dans le noir, confinés et serrés les uns contre les autres. »

« On peut pas intervenir n’importe quand, ajoute Cyril Montoya. Il faut que le niveau d’eau soit au plus bas pour avoir une fenêtre d’intervention. » Les archéologues qui iront sur le site cherchent donc actuellement à devenir des plongeurs aguerris, pour être prêt le jour J. « J’ai habité toute ma vie près de la mer, mais je n’avais jusqu’ici jamais fait de plongée », s’amuse le Montpelliérain Cyril Montoya. L’immersion au sein de la grotte pour l’équipe des scientifiques est espérée pour l’été prochain, soit quelques mois avant la date d’ouverture annoncée de la reconstitution de la grotte à la villa Méditerranée.